De l'artiste italien, Mimar Sinan(1489-1588) fut certes le contemporain, mais il doit surtout cette comparaison aux innovations majeures qu'il apporta à l'architecture ottomane, et plus globalement à l'architecture. Grâce à un jeu de contre-coupoles, il parvint en particulier à libérer l'espace central de ses mosquées de leurs colonnes de soutien, ouvrant leurs murs de dizaines de fenêtres d'où jaillissait la lumière. Pris de passion pour les prouesses de ce bâtisseur génial méconnu en Occident, les architectes italiens Augusto Romano Burelli et Paola Genaro, qui oeuvrent notamment aujourd'hui à Berlin, étudièrent de près, dans les années 1980, les quelque cent mosquées signées Sinan, cherchant à en percer "les principes secrets".
En Allemagne, où la politique d'intégration du gouvernement Merkel prévoit de faire construire 184 mosquées avec minaret supplémentaires dans les prochaines années - il en existe 159 aujourd'hui -, l'exposition de Francfort se voulait clairement pédagogique. Alors que 3,4 millions de musulmans, parmi lesquels une majorité de Turcs vivent outre-Rhin, certains Allemands se montrent en effet peu réceptifs aux splendeurs de l'art ottoman. En témoignent les polémiques suscitées par le projet de construction d'une mosquée de 2 000 places à Cologne, pour laquelle les autorités ont fini par donner leur feu vert, début septembre. Parmi les éléments de négociation, la hauteur des minarets fut capitale. A Cologne, où ils mesureront 55 mètres de haut, ce sont eux qui ont focalisé les crispations - certains Colonais y voyant même des "roquettes" ou des "missiles". Mais personne ne semble vouloir remarquer leur finesse, dans le plus pur style ottoman.
Source: LE MONDE