Les intellectuels et hommes de culture espèrent que le programme des festivités répondra à cet objectif, en sortant des sentiers battus et de la rumination de ce qui est, généralement, rapporté dans les livres et ouvrages en circulation à propos de la ville de Kairouan et de son histoire et que tout le monde connaît parfaitement.
La manifestation devrait avoir le mérite d'enrichir nos connaissances dans ce domaine, et à défaut, présenter ce qui est connu sous un nouvel éclairage plus scientifique, au sens moderne du terme.
Justement, sur ce plan, des chercheurs croient pouvoir affirmer que l'histoire de Kairouan remonte très loin dans le passé et que la ville de Kairouan existait et était un centre religieux florissant et un sanctuaire religieux vénéré, longtemps avant l'établissement des premières communautés islamiques sur le site de cette ville et en Tunisie, en général. Ils ajoutent qu'une telle ancienneté historique - si elle se vérifie - est de nature à renforcer le prestige et la place historique de ce grand bastion de l'Islam, de tous les temps.
Selon ces chercheurs, le site de Kairouan avait été, tour à tour, un temple religieux berbère à vocation païenne, puis un monastère chrétien, avant de devenir un haut lieu de l'Islam, avec la construction de la grande mosquée de la ville par la première communauté islamique venue, en Tunisie, aux environs de l'an 45 de l'hégire, et 665 de l'ère chrétienne.
Des arguments directs et indirects corroborent cette hypothèse.
Ainsi, l'histoire des différents peuples de la terre confirme que chaque fois qu'un pays change de maîtres, les anciens sanctuaires religieux du pays ne sont pas démolis, mais ils sont conservés et changent tout simplement de vocation, en devenant des lieux de culte suivant la religion des nouveaux maîtres. Il est historiquement établi que la grande mosquée de la Zitouna de Tunis, la grande mosquée de Damas, en Syrie et la grande mosquée d'Al Aksa, à EL Qods, en Palestine, avaient été, tour à tour, des temples à vocation paienne, puis des églises chrétiennes avant d'être reconverties en mosquées islamiques.
Les mosquées de l'ancienne Andalousie arabe et islamique en Espagne ont été transformées en églises chrétiennes, alors que les églises chrétiennes de Constantinople, dans l'actuelle Turquie, ont été reconverties en mosquées.
Or, dans son livre ''Ryadh Ennoufousse'', l'ancien auteur et historien arabe Al Maliki rapporte que la ville de Kairouan a été fondée vers 45 de l'hégire à l'initiative du commandant arabe Mouawyia Ibn Houdayje, chef de l'une des toutes premières troupes islamiques venues en Tunisie de l'Arabie, bien avant la venue du commandant Okba Ibn Nafâa, à qui l'histoire attribue la fondation de Kairouan, vers 50 de l'hégire.
L'historien Al Maliki signale que c'est Mouawyia Ibn Houdayje qui lui aurait donné le nom de « Kairouan », et Al Maliki indique littéralement « qu'il y avait à la place de Kairouan un important fort byzantin et une église chrétienne dont on a pris les deux colonnes rouges ayant servi à la construction de la mosquée de Kairouan ».
D'un autre côté, dans son traité d'histoire et de géographie universelles intitulé « Al Massalek wa Al Mamalek », l'ancien historien et géographe arabe et maghrébin Al Békri signale la pratique du chamanisme et du culte des prêtres et magiciens appelés « Chamans », chez beaucoup de tribus berbères de l'Afrique du Nord, avant et après l'Islam, indiquant que les chamans berbères étaient désignés par un nom berbère qui signifie en arabe « Rakkada », c'est-à-dire les dormants, car ces prêtres ou chamans berbères pratiquaient la divination et lisaient l'avenir en entrant en extase pendant trois à quatre jours consécutifs, comme les chamans des tribus d'Asie du Nord.
Les anciens auteurs grecs signalaient, déjà, dans leurs livres, la pratique de cette forme de divination, depuis l'antiquité, chez les habitants d'Afrique du Nord ou libyens, comme ils les appelaient.
Or, la ville de Kairouan comporte, encore, un quartier dans sa banlieue, appelé « Rakkada ».
D'ailleurs, le culte des dormants est resté répandu en Tunisie et en Algérie, jusqu'à nos jours, sous diverses formes. De très nombreux villages algériens et tunisiens comportent, encore, des lieux plus ou moins consacrés, appelés « les dormants ».
Enfin, d'après les chercheurs cités, le nom de « Kairouan » que porte la ville, incite à la réflexion et à une discussion plus approfondie, car il n'est pas arabe et même si le mot « Kairouan »fait, apparemment, partie du vocabulaire de la langue persane et iranienne et y est utilisé, entre autres, au sens de « campement », il est très peu probable qu'il ait été emprunté par l'une des premières communautés arabes, envoyée répandre l'Islam à l'étranger, pour désigner une ville qu'elle venait de fonder, dans une terre n'ayant aucun rapport avec la Perse, au moment où la langue arabe est en mesure de lui fournir des centaines d'appellations plus appropriées et mieux adaptées aux circonstances.
Source: jetsetmagazine