Car la finance islamique est dotée de ses propres instruments financiers : sukuk (obligation islamique), murabaha (opération d’achat-vente, très utilisée dans les opérations de financement), ijara (crédit-bail)… qui permettent d’éviter le taux d’intérêt comme rémunération de l’établissement financier.
En France, la finance islamique intervient pour l’heure surtout dans le secteur immobilier, avec des opérations de financement « shariah compliant » réalisées pour le compte de clients particuliers (ou institutionnels) musulmans. « Depuis l’été 2007 et plus encore désormais, les investisseurs du Moyen-Orient se sont montrés très intéressés par l’investissement immobilier en France. Leur demande en produits financiers ‘charia’ s’est par ailleurs renforcée ces dernières années, explique Christophe Jacquemin, qui s’est formé seul aux montages islamiques en examinant les dossiers traités par son cabinet. J’ai appris ce type de financement en étudiant les instruments qui avaient déjà été conçus par notre cabinet pour des opérations islamiques et en les adaptant aux contraintes du droit français. Je dialogue aussi parfois avec nos bureaux situés dans le Golfe ou à Londres afin de leur demander par exemple comment ils sont parvenus à surmonter certaines difficultés sur leurs transactions. »
Ce professionnel affiche une expérience de plus de dix ans en tant qu’avocat dans le domaine des financements structurés. Un atout. Car si la finance islamique n’emploie pas les outils conventionnels, il est néanmoins indispensable, pour travailler sur ces transactions, d’avoir une expertise pointue en matière de financement. Ainsi, pour Anass Patel, depuis deux ans directeur investissement et stratégie chez DTZ Asset Management, société spécialisée dans l’investissement immobilier pour des institutionnels, sa connaissance de l’éthique musulmane comme ses études supérieures axées sur la finance lui sont utiles dans son activité professionnelle. « Il est vrai que je porte un intérêt personnel à la finance islamique en raison de mes convictions. Mais j’y consacre également une part non négligeable de mon activité professionnelle du fait de mes responsabilités avec les investisseurs du Moyen-Orient dans la gestion de fonds et d’actifs immobiliers, indique ce trentenaire. Chez DTZ Asset Management, j’ai eu l’opportunité d’être en charge d’un fonds géré pour un investisseur du Moyen-Orient, un fonds ‘shariah compliant’. J’ai participé au montage des opérations ainsi qu’aux différentes modalités de gestion, ce qui m’a permis de développer des compétences opérationnelles et de lier le métier de la gestion d’investissement immobilier à la finance islamique pour cette clientèle. »
Les banquiers occidentaux peuvent aussi tenter l’aventure dans le sérail. De fait, la finance islamique, si elle n’est pas généralisée à toute l’industrie bancaire, est très présente dans les pays du Golfe Persique - au sein des établissements locaux, mais aussi européens. BNP Paribas, Calyon (filiale de Crédit Agricole SA) ou encore Deutsche Bank sont en effet implantés dans la région depuis plusieurs années et savent jongler avec les produits « charia ». « A la fin de mon VIE (volontariat international en entreprise), un de mes responsables était nommé pour reprendre et développer le département de finance islamique de Calyon. Je lui ai demandé s’il cherchait des juniors. Un mois plus tard j’étais à Bahreïn », raconte Ladislas Gallant qui, à 26 ans seulement, occupe le poste de directeur adjoint de la division Global Islamic Banking de Calyon à Bahreïn. Le jeune Français a été nommé début 2007. A son arrivée dans le Golfe, il ne connaissait pas du tout cette forme de finance. « J’étais intrigué et curieux. C’est la pratique de la conception de produits islamiques qui m’a permis de connaître cette forme de finance. Mon management a été très encourageant aussi, c’est à mon avis la meilleure façon d’apprendre. »
Les banques françaises n’hésitent pas à confier des responsabilités à de jeunes financiers motivés et intéressés par la finance islamique au sein de leurs entités locales. Tarek Boulfoul, âgé lui aussi de 26 ans, a rejoint au début de l’année BNP Paribas Najmah à Bahreïn où il est structureur de produits islamiques. « Ce qui a intéressé le management de la banque lorsqu’il m’a rencontré, c’est ma maîtrise contractuelle et opérationnelle des produits en banque de financement et d’investissement, déclare-t-il. Ce que j’apprécie, c’est de participer aux opérations de A à Z en étant présent dans les différentes phases : origination, structuration, rédaction du contrat, la partie commerciale... Ce qui est plus rare lorsque l’on travaille dans les grandes places européennes où les fonctions sont plus segmentées. »
Autre particularité pour ceux qui conçoivent les produits et opérations islamiques : le rôle clé du comité « charia » avec lequel les banquiers entretiennent des discussions régulières afin d’obtenir sa validation. « Le dialogue avec les membres du ‘shariah board’ est essentiel. Car dans le montage des instruments, on a régulièrement besoin de savoir si les structures sont acceptables ou pas », affirme Ladislas Gallant, de Calyon. Même façon de procéder chez BNP Paribas, où Tarek Boulfoul confirme aussi que « le dialogue avec le ‘shariah board ‘est direct. On débat avec eux de la structure des produits, c’est véritablement un échange. On peut par exemple avoir des discussions sur les produits dérivés. »
Source: agefi