En soulignant l'inquiétude d'une mère musulman face aux affrontements dans capitale économique de l’Etat du Gujarat, après les attentats de Bombay, l'envoyé spécial de journal Libération a déclaré qu'il y a six ans, huit membres de sa famille ont été brûlés vifs sous ses yeux lors de pogroms antimusulmans organisés par les extrémistes hindous à travers le Gujarat, dirigé par la frange la plus radicale du Parti nationaliste hindou (BJP).
" j’ai tellement peur que les hindous nous attaquent à nouveau sous prétexte que tous les musulmans sont des terroristes" a-t elle dit.
Le sol de sa maison porte encore les marques de l’incendie, et ses nuits continuent d’être ponctuées de cauchemars. «Après l’attaque sur Bombay, je n’ai pas pu dormir pendant plusieurs jours tellement j’avais peur, raconte-t-elle. Maintenant ça va mieux, mais je reste sur mes gardes, et je dis aux enfants de ne pas traîner dans la rue après l’école.»
Au total, plus de 2 000 musulmans avaient été tués dans les émeutes de 2002. Aujourd’hui que les attentats islamistes se multiplient aux quatre coins du pays (près de 400 morts depuis le début de l’année), la communauté craint de nouvelles violences. D’autant que les nationalistes hindous, dans l’opposition au niveau fédéral, ont la fâcheuse habitude d’alimenter les tensions religieuses à l’approche des élections. Or l’Inde doit renouveler son gouvernement dans six mois.
Largement soupçonné d’avoir fermé les yeux, voire encouragé les pogroms de 2002, le chef du gouvernement régional du Gujarat, Narendra Modi, était d’ailleurs le premier politique à se rendre sur les lieux de l’attaque, donnant des interviews devant l’hôtel Oberoi alors que l’opération antiterroriste battait son plein à l’intérieur.
Inquiets, les leaders de la communauté international s’évertuent à se démarquer des attentats commis au nom de l’islam, multipliant les condamnations et organisant des marches de protestation à travers le pays.
Tout en condamnant, une bonne partie de la communauté reste cependant dans le déni, refusant d’accepter le fait que les assaillants, à Bombay comme ailleurs, étaient bien des musulmans. «C’est une manipulation des nationalistes hindous», lâche ainsi sans sourciller l’imam de la grande mosquée d’Ahmedabad. Comme lui, beaucoup soulignent que le chef de la brigade antiterroriste de Bombay et deux de ses adjoints, tous trois tués pendant l’attaque, s’apprêtaient à rendre publique leur enquête sur un voire plusieurs attentats à la bombe attribués à des extrémistes hindous. Pour la première fois de son histoire, l’Inde a en effet découvert avec stupeur l’apparition, ces derniers mois, d’un «terrorisme hindou» apparemment fomenté par un officier de l’armée avec l’aide de leaders religieux.
Source: Libération