Durement frappés par la crise, les pays les plus développés multiplient les plans de relance économique. Entre-temps, la finance islamique connaît un engouement sans précédent. Pourtant, pas un mot sur ce système dont les pays occidentaux peuvent s'en inspirer pour «moraliser l’économie».
A l’heure d’une crise économique sans précédent depuis la Grande Dépression des années 1930, le monde entier a eu les yeux rivés sur Londres qui accueillait mercredi et jeudi le sommet du G20. La mission qui incombait aux 20 dirigeants des pays les plus industrialisés et des économies émergentes(qui détiennent à eux seuls 90% du PIB mondial) est de trouver des solutions à la crise.
Les dirigeants du G20 ont décidé d’octroyer 1000 milliards de dollars supplémentaires au FMI et à la Banque mondiale. Une liste des paradis fiscaux va prochainement être publiée pour décourager l’évasion de capitaux avec d’éventuelles sanctions à la clé. «Un nouvel ordre mondial émerge et avec lui nous entrons dans une nouvelle ère de coopération internationale», s’est félicité le premier ministre britannique Gordon Brown.
Donner un autre visage au capitalisme semblait aussi faire l’unanimité au sein des instances dirigeantes. La régulation des marchés financiers fut un des enjeux de ce sommet. Pourtant, la finance socialement responsable comme la finance islamique n’a pas fait l’objet de discussions du moins officielles durant le sommet. L’éthique qui en découle gagne à être reconnue.
« Quand on parle de moraliser l’économie, on est en train de réinventer le système des charia board (comité indépendant chargé de superviser les activités de la banque et d’assurer leur conformité avec les principes de l’Islam, ndlr) qui sont là pour vérifier le respect à une morale. La différence est qu’ils appliquent une morale issue de l’éthique musulmane. Si on souhaite mettre l’économie au service du bien-être des Hommes et non d’une petite classe, on retourne sur les objectifs de la finance islamique avec la dimension spirituelle en plus », déclare Hakim Latrache, membre de l’association AIDIMM (Association d'innovation pour le développement économique et immobilier).
Ce système participatif est essentiellement basé sur l’interdiction de l’intérêt (riba) et sur le partage des pertes et des profits entre investisseurs. La spéculation, décriée comme la cause de l’ampleur de la crise actuelle, est inexistante puisque toute opération financière est adossée sur un actif réel.
La finance islamique, dont les banquiers pourraient s’inspirer pour mettre en place une finance socialement responsable, a été peu touché par la crise, ce qui explique en partie pourquoi nombre de pays arabo-musulmans semblent avoir mieux résisté à la crise. Parmi eux, seuls l’Arabie Saoudite et l’Indonésie font partie du G20. «Leurs économies ont tenu essentiellement car les banques islamiques disposent de dépôts non rémunérés (Qard Hassan) et qu’elles n’ont pas eu de problèmes de liquidités grâce aux pétrodollars. Ces banques n’ont pas eu de fonds pollués par les subprimes et sont moins imbriqués avec les autres établissements conventionnels qui se sont partagés les produits financiers toxiques. Néanmoins, le maillon le plus équivoque* de la finance islamique est le sukuk qui a pu être davantage touché car c’est le produit financier qui se rapproche le plus des produits obligataires de la finance conventionnelle», explique M.Latrache.
La finance islamique représente aujourd’hui 700 milliards de dollars à l’échelle mondiale et pourrait atteindre les 1000 milliards d’ici 2010. Une manne financière qui attire bien des convoitises. Donner une place à ce système dans les pays non-musulmans est un bon moyen d’attirer de gros investisseurs soucieux de respecter les préceptes de l’Islam, selon un récent rapport de Paris Europlace... et ainsi faire face à la crise de manière plus sereine. Après la Grande-Bretagne en 2004, la France s’est d’ailleurs lancée depuis quelques mois dans la course en se dotant d’un cadre fiscal adapté à la finance islamique.
Cependant, celle-ci exclue d’emblée de leur univers d’investissement les secteurs d’activité qui ne sont pas «charia-compatible»(alcool, armement, jeux d’argent...). A partir de ce constat, favoriser l’émergence d’une finance responsable qui intégrerait ces secteurs est une solution viable. Mais pour M. Latrache, « on nous a déjà conditionné à un schéma simpliste de la finance islamique. Il ne s’agit pas de simplement s’interdire l’industrie de l’alcool ou de la pornographie pour être islamique mais plutôt de ramener l’économie mondiale vers une économie réelle et profitable à tous. Le fond du problème n’est pas uniquement dans le contrôle de la licéité de l’activité mais dans le principe de l’accroissement de l’argent sans risque partagé et sans actif sous-jacent ».
« Il faudrait pouvoir favoriser le capital-risque aux épargnants - sans tomber dans les contraintes de l’Appel Public à l’Epargne - pour permettre l'innovation et donc le développement et régler le problème de l’endettement car aujourd’hui, on s’endette pour tout même pour consommer. Le leasing automobile et le crédit-bail immobilier par exemple sont des dispositifs à rendre accessibles aux particuliers pour des biens mobiliers et immobiliers non professionnels permettant une acquisition basée sur le principe de l’Ijara», ajoute t-il.
Source: saphirnews