4Shbab, la chaîne musicale islamique qui détonne

11:07 - April 18, 2009
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Egypte(IQNA)- Depuis février, une nouvelle chaîne satellitaire islamique s’est crée. Il s’agit de 4Shbab, littéralement «pour les jeunes», qui vient tout droit d’Egypte.
Sa particularité : être une chaîne musicale à destination de jeunes croyants qui se tournent depuis plusieurs années vers MTV et les quelques 70 chaînes thématiques existantes dans le monde arabe. Pas «halal » à regarder, explique Ahmed Abu Haiba, 39 ans, fondateur et directeur général de la chaîne, qui souhaite promouvoir un modèle islamique moderne et adapté à la jeunesse d’aujourd’hui. Interview.
Saphinews : Pourquoi avoir créé une telle chaîne ? Quels sont vos objectifs ?
Ahmed Abu Haiba: A travers différentes études, il est clair que les jeunes générations de musulmans ne regardent ou n’écoutent les chaînes islamiques traditionnelles. Nous avions donc besoin d’une autre approche média capable de délivrer le message de l’Islam à ce public. Par ailleurs, ils se ruent vers les chaînes musicales, conformes à leur attitude dynamique. Si nous voulions leur délivrer un message, il allait donc de soi qu’une chaîne musicale était le meilleur moyen.
D’abord, nous voulons reconstruire la figure de la jeunesse musulmane sur les bases islamiques. Nous ne faisons ni discours ni d’enseignement du «Fiqh»(droit musulman), nous leur montrons juste, à travers les images, comment devrait être la vie d’un musulman et comment il devrait se comporter. Nous souhaitons aussi nous adresser aux jeunes occidentaux en leur transmettant le message de l’Islam d’une manière qui puisse les attirer et déconstruire les stéréotypes qui entourent les musulmans depuis de longues décennies.
-Comment cette idée vous est venue à l’esprit ?
-Elle était dans l’esprit de nombreuses personnes travaillant dans les médias islamiques. C’est devenu une réalité grâce à la coopération de plusieurs d’entre eux issus de différents pays qui ont associé, autour de 2007, le pouvoir de l’argent, des ressources humaines et de l’expérience. Des sessions de travail massives et des tournées de promotion se sont tenus jusqu’à ce qu’on ait lancé la chaîne le 1er février dernier.
-Votre chaîne n’a-t-elle pas été lancée en décembre ?
-C'est un peu compliqué… Il était prévu de passer à l’antenne le 29 décembre mais les attaques contre Gaza ont commencé le 27. Nous avions un grand dilemme: soit nous passions à l’antenne comme prévu avec la programmation de départ, ce qui aurait pu nous causer du tort car les clips enjouées que nous avions préparé ne convenaient pas à la situation ; soit nous reportions l'ouverture et nous perdions le budget média alloué à notre campagne de lancement ainsi que les frais satellitaires que nous avions déjà payé… un dilemme, non ?
C’est alors qu’une troisième solution, très risquée, s’est présentée… donner un autre aspect de la chaîne qui correspond à la situation avec de nouveaux clips pour Gaza, de nouvelles idées et même de nouveaux programmes… en deux jours ! Et on l’a fait ! Nous avons pu lancer 4Shbab en décembre avec un message d’excuse expliquant que nous resterons en état d’urgence jusqu’à ce que les attaques cessent. C’était un succès tel que les gens ont commencé à nous reconnaître dans la crise. Nous étions une chaîne reposante face aux chaînes d’information qui diffusaient inlassablement des scènes insoutenables. Mais nous n’avons pas rompu avec l’ambiance de deuil général. A la fin du conflit, nous avons eu une période de transition puis lancé notre vraie chaîne en février.
-Quelles étaient vos difficultés à la réalisation de votre projet ?
-Les principales difficultés ont été de convaincre les investisseurs d’une telle idée, à savoir de soutenir l’idée islamique par la musique. On a du surmonter les soupçons des autorités à autoriser une autre chaîne religieuse avec les éventuels problèmes que celle-ci peut engendrer et le manque de production musicale innovante et créative qui correspond aux normes islamiques. Nous n’avions aucune expérience sur laquelle s’appuyer pour la création de 4Shbab, il nous a fallu construire une stratégie, des plans et des politiques. Les autres chaînes musicales sont extrêmement puissantes et rivaliser contre eux sans utiliser le mode de séduction habituel était un grand défi.
-Quatre mois après son lancement, pouvez-vous parler d’un réel succès ? Sur quelles bases le mesurez-vous ?
-Oui, je peux assurer que c’est un gros succès comparé à la croissance des autres chaînes. Le nombre de sms qui défilent dans la bande passante en témoignent. Nous sommes passé de 150 sms par jour pendant la période de Gaza à 1200 aujourd’hui ! Les réactions que nous recevons sur notre forum sont très bonnes et nous avons actuellement 12 500 membres. Enfin, nous sommes envahis d’articles du monde entier à notre propos. Une simple recherche sur le net et vous verrez par vous-même.
-Quel est le programme à succès de votre chaîne ? Serait-ce « Qui veut devenir la pop star de l’Islam » ? Pouvez-vous m’expliquer son concept ?
-Oui! Nous le diffusons sous un format hebdomadaire, pendant 90 minutes en direct. Nous recevons des appels de téléspectateurs qui chantent en direct avec la participation d’experts qui choisissent trois candidats. Ils sont soumis à un vote pendant une semaine à l’issue duquel le gagnant est annoncé. Une fois qu’on a atteint 12 lauréats, un grand concert a lieu – le premier, le 17 mars dernier – pour qu’ils puissent chanter en direct devant cinq juges dont les téléspectateurs qui votent. Au final, trois gagnants sont révélés et auront la chance d’être promu par la chaîne pour des clips, des albums et des concerts.
-4Shbab va bientôt être présent aux Etats-Unis. Quelle est votre stratégie?
-Nous envisageons de diffuser notre chaîne avant Ramadan. Notre stratégie consiste à nous adresser aux Américains avec un mélange de notre propre musique orientale et de hip hop américain islamique. Nous avons commencé à recueillir plusieurs morceaux et nous travaillons sur le sous-titrage de certains de nos travaux. Nous diffuserons bientôt 4Shbab en continu sur internet (en streaming, ndlr) afin qu’il soit accessible dans le monde entier.
Source: saphirnews
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