C’est pourtant l’un des chantiers ouverts depuis quelques mois par Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances. D’ici juin, quatre banques « charia-compatibles » devraient ouvrir en France, dont la Qatari Islamic Bank et la Kuwait Finance House pour permettre aux musulmans de France d’avoir accès à des banques respectant la loi islamique, tout en drainant l’épargne des pays musulmans, un potentiel de 4000 milliards de dollars sur lequel salive Bercy. Certains voient aussi dans la finance islamique une manière d’introduire un peu d’éthique dans le capitalisme.
La France a pourtant toujours été frileuse concernant l’implantation de banques islamiques. Celles-ci sont restées cantonnées pendant une trentaine d’année dans les pays du Golfe, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est. A la suite de la Grande-Bretagne, le gouvernement français s’emploie aujourd’hui à faire tomber toutes les barrières qui pourraient freiner leur installation en Europe. Une instruction publiée le 25 février 2009 précise le régime fiscal des principaux outils de la finance islamique, notamment le sukuk (obligations islamiques) et la murabaha.
Selon les différentes estimations, le marché de la finance islamique représente aujourd’hui 500 à 800 milliards de dollars, avec une augmentation de 11 à 15 % en moyenne par an. Il possède surtout un potentiel évalué à 4.000 milliards de dollars selon Hervé de Charette, ancien ministre des Affaires Étrangères et président de la Chambre de Commerce Franco-arabe. Dans la préface d’un livre collectif intitulé "La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique", il décrit le « gisement immense de liquidités dans les pays émergents et un besoin non moins important de financements dans les pays développés ».
D’où l’enjeu de drainer cette épargne abondante du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est vers « des placements à la fois rémunérateurs et compatibles avec la Charia ». Et surtout de rattraper le retard sur la Grande-Bretagne. En 2006, Gordon Brown, alors ministre de l’économie britannique, avait déclaré vouloir faire de Londres « le centre mondial de la finance islamique ».
Il existe aujourd’hui environ 400 établissements financiers islamiques, répartis dans 75 pays. Leur fonctionnement est basé sur quelques principes. Un des plus importants est l’interdiction par la loi islamique (charia) de l’intérêt (ribâ) et de la spéculation (gharar). Il n’y a pas en soi d’opposition à la rémunération de l’argent, mais au caractère fixe du taux d’intérêt, car celui-ci est alors déconnecté de la rentabilité réelle de l’actif financé. La finance islamique est profondément ancrée dans l’économie réelle. Elle se base sur le fait que les pertes et les profits doivent être partagés entre prêteur et emprunteur.
Pour certains, les arguments utilisés par les tenants de la finance islamique ne sont que des manipulations sémantiques.
Le Conseil Européen de la Fatwa a reconnu que les musulmans vivant en Europe, et qui n’ont donc pas accès à des banques respectant la charia, peuvent contracter des prêts. Cette décision est basée sur la règle que « la nécessité abolit les interdits ». Elle autorise ainsi pour les musulmans le recours au système bancaire conventionnel. Mais elle ne fait pas l’unanimité, certains y voyant un moyen facile pour les croyants de contourner un principe religieux sévère.
Source: bastamag