L’histoire commence dans un village éloigné du Sénégal. Le village Latmingué, dans la Préfecture de Kaolack. Un imam y caresse le rêve de se voir, lui et les gens de son village, prier dans une vraie mosquée. Il caresse ce rêve depuis 45 ans. Tout le monde, là bas, le sait.
Un jour, un des fils de ce village accède à un poste élevé. Il est nommé ambassadeur au Maroc. Il n’oublie pas son village et le rêve de son imam.
Ayant entendu parler de la générosité du président du groupe BMCE Bank – auquel tous ses proches et collaborateurs reconnaissent cette qualité de « grand seigneur » - l’ambassadeur se dit qu’il tient peut être, là, l’opportunité de voir le rêve de son village réalisé. Il le sollicite. « Monsieur le Président, lui dit-il, j’ai une petite requête… ». C’était en 2006. Le Président Benjelloun répond spontanément : « dites-moi ce que vous voulez, c’est accordé d’avance ». L’ambassadeur Ibou N’diaye raconte alors : son village, le rêve de l’imam Diop grâce auquel Latmingué est un des rares villages dont tous les habitants sont musulmans, cette fervente communauté qui prie dans une baraque… Il n’en faut pas davantage à Othman Benjelloun. Il appelle sa banque au Sénégal et donne des instructions pour qu’elle finance la construction de la mosquée.
La mosquée est inaugurée et l’imam, lui, dès qu’on vient l’informer de la fin des travaux de la mosquée dont il rêvait, dit : « ma mission est accomplie » et s’éteint, 15 jours à peine après la réalisation de son rêve.
Aujourd’hui, il repose, à 10 mètres de la mosquée, dans un mausolée construit dans le cadre du même financement.
C’est ainsi que ce 23 avril, au siège de BMCE Bank, une délégation sénégalaise est venue témoigner la reconnaissance du village au Président Benjelloun et lui rendre hommage en lui remettant la clé symbolique du village et un diplôme de citoyenneté d’honneur.
La délégation composée de l’ambassadeur du Sénégal au Maroc, Ibou N’diaye (celui auquel ses hautes fonctions n’ont pas fait oublier son modeste village) ; Omar Diop, le fils du défunt imam et lui-même, aujourd’hui, imam de Latmingué ; Samba N’diaye, commissaire divisionnaire et haute personnalité du village ; et enfin Macoumba Diop, grand coordinateur du comité de gestion de la Mosquée.
Ce fût une rencontre des plus émouvantes. Tous ces gens, imprégnés d’une forte spiritualité, ont exprimé avec des mots simples, leur reconnaissance au bienfaiteur (pour lequel ils ont dit élever des prières chaque jour) et tout ce que représente cette mosquée…
Ce qu’elle représente est un lien avec Dieu auquel ils rendent grâce pour ce bienfait ; un lien avec le Maroc qu’ils ont dit chérir, l’ambassadeur ayant rappelé que sa mission était de « défendre l’exception maroco-sénégalaise »; un lien avec le Roi du Maroc -1er symbole de cette exception- qu’ils ont, tour à tour, loué ; un lien spirituel et social entre les habitants de Latmingué qui contribuent désormais tous à préserver ce lieu de prière, les uns en faisant des dons, les autres (les plus démunis) en se portant volontaires de la propreté ; et enfin un lien avec les villages avoisinants dont les habitants viennent aussi prier dans cette mosquée.
« Le village a une histoire », a dit le commissaire divisionnaire. « Il a été fondé par un grand roi du temps où chaque région avait son Souverain. C’est un village conservateur où compte l’honneur, toujours l’honneur, le courage, pas de trahison… Vous mesurez la portée de votre geste », a-t-il lancé au Président Benjelloun.
La délégation explique que c’est l’une des meilleures mosquées de la région. Le frère de l’ambassadeur, un ingénieur, en a suivi les travaux du début à la fin.
« Pour maintenir intact le cadeau que vous nous avez fait, nous avons créé un comité de gestion », a ajouté le coordinateur de ce comité, Macoumba Diop. Le comité se compose de 12 membres qui tiennent des réunions mensuelles.
Source: lereporter