Pour des raisons de financement, le sort du premier collège musulman de France s'est joué ce jeudi 25 juin devant le tribunal administratif de Bobigny.
Entretien avec le Dr. Rihi Youssef, co-fondateur de La Réussite et coordinateur du collège-lycée.
Qu'est-ce qui explique cette dette après huit années d'exercice ?
Dr. R. Y. : Cette dette est essentiellement due à la difficulté de nos relations avec l'Education nationale. Je ne parlerai pas de conflit avec l'Etat, mais nous avons une curieuse mésentente avec l'Education nationale car le rectorat de Bobigny ne répond pas à notre demande depuis notre création en 2001. Je dis bien le rectorat, car c'est bien le rectorat de la Région qui ne répond pas à notre demande de subventions. Finalement, au bout d'un moment, nous nous trouvons coincés sur le plan financier.
Votre école est payante, pourquoi ne pas augmenter les frais d'inscription ?
Dr. R. Y. : C'est ce que nous avons déjà essayé les années précédentes. Sinon nous n'aurions pas tenu le coup. Mais il faut savoir que nous sommes à Aubervilliers, et les familles qui viennent chez nous ne sont pas parmi les plus aisées financièrement. Augmenter continuellement les cotisations revient à instaurer une sélection de nos élèves par l'argent. Cela n'est pas notre projet. Nous voulons donner sa chance à chaque enfant sur la base du mérite et non sur la base de la richesse de ses parents. Nous sommes donc face à un dilemme.
Que peut-il se passer au tribunal ?
Dr. R. Y. : Il y a deux cas de figure possibles. Si l'administrateur est convaincu de la viabilité et de l'efficacité de notre projet, nous pourrons bénéficier d'un échelonnement de la dette de l'Urssaf, ce qui nous évite la liquidation. Par contre, si, par malheur, il n'est pas convaincu de la viabilité de notre projet, de l'état de notre budget prévisionnel, il y aura liquidation judiciaire de l'école. Nous avons 32 contrats pour le personnel et pour le corps pédagogique. Ce sera le chômage pour eux.
Que peuvent faire ceux qui veulent vous aider ?
Dr. R. Y. : Depuis que ces problèmes ont commencé, nous avons reçu des soutiens. Des particuliers ou des PME se sont manifestés pour faire des dons souvent symboliques. Certains se sont engagés à nous faire des virements réguliers. Mais nous en avons encore besoin. Ceux qui veulent nous aider peuvent prendre contact ou virer directement leurs dons sur notre compte. Ils peuvent nous envoyer aussi leurs promesses de dons. Par ailleurs, nous sommes prêts à ouvrir des parts dans notre société qui possède les murs de nos locaux. Nous pouvons les vendre à ceux qui veulent nous aider. Cela sera donc un investissement et ils deviennent des partenaires. Enfin, notre statut d'institution chargée d'éducation nous permet de bénéficier de donations sous forme de waqf, pour les croyants qui le souhaitent, ils peuvent nous aider par cette voie aussi.
Source: saphirnews