Dans la préface de cette étude publiée dans les éditions de l’ISESCO, on peut lire : « L'idée de coexistence entre les peuples et les nations a bien évolué sur le plan international, passant du «respect mutuel» à la «coopération internationale, puis de la «concorde» à «l'entente», ensuite du «dialogue des religions», notamment les religions islamique et chrétienne, au «dialogue des cultures et des civilisations» et du «respect de la diversité culturelle» à «l'alliance des civilisations».
Ce passage de la cohabitation au dialogue a pris des décennies durant lesquelles la communauté internationale a connu deux systèmes de coopération intergouvernementale : la Société des Nations qui a vu le jour au lendemain de la Première Guerre mondiale et l'Organisation des Nations Unies qui a été fondée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Charte de cette organisation est sous-tendue tout à la fois par des principes juridiques, humains et éthiques et par des règles constitutionnelles qui régissent les relations internationales et fondent les bases de la coopération entre les États du monde dans le cadre du droit international.
Si l'idée de dialogue des cultures et des civilisations ne fait pas partie des idées qui sont exprimées par la Charte des Nations Unies et qui ne sont pas citées dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme ou dans les conventions, déclarations et traités internationaux -l'expression «dialogue» ne faisant pas partie en soi des termes du droit international- c'est parce que le dialogue est le fruit de la coopération, de l'entente, du respect mutuel et de la référence à la légalité internationale. C'est en outre, le fruit des efforts déployés par la communauté internationale pour la stabilité des sociétés humaines et l'instauration de la sécurité et de la paix dans le monde.
Le dialogue dans son acception tant linguistique que culturelle est une interaction et un échange qui rapprochent les interlocuteurs et fait se conformer les idées débattues. C'est d'autant plus important que le dialogue des cultures et des civilisations est un dialogue entre individus qui appartiennent, chacun à une culture et à une civilisation différente. Ces individus ont en partage la volonté collective d'aboutir à des résultats qui les mènent vers les objectifs escomptés par les peuples du monde et qui se résument à la sécurité, la paix et la dignité.
De fait, l'alliance des civilisations est devenue une nécessité qu'exige la paix mondiale en cette phase délicate de l'histoire de l'humanité. Or, si le dialogue des cultures est la voie des sages, l'alliance des civilisations est une mission qui leur impute des responsabilités immenses et incontournables. Aux côtés des élites intellectuelles et culturelles, ce sont les faiseurs d'opinion et les décideurs qui doivent partager cette responsabilité. Car cette alliance civilisationnelle ne sera d'aucun effet ni sur la vie humaine ni sur les relations internationales, que si elle se fonde sur un dialogue constructif, une entente globale. Elle sera d'autant plus efficace si elle constitue un dénominateur commun à toutes les parties, chaque partie assumant ses responsabilités dans la mesure où elle concernée et dans la limite de ses compétences. Aussi, les efforts, les volontés et les idées devraient-elles toutes abonder dans le même sens : le renforcement du dialogue des cultures et de l'alliance des civilisations.
Longtemps je me suis penché sur l'étude des questions du dialogue des cultures et de l'alliance des civilisations. Le dernier ouvrage que j'ai publié en la matière fut un livre intitulé : Vers l'alliance des civilisations. L'une des idées forces de ce livre qui est l'un des premiers ouvrages parus en langue arabe sur l'alliance des civilisations, si ce n'est le premier, fut l'appel à la création d'une «Organisation des Civilisations Unies». Dans ce livre, j'ai, par ailleurs, affirmé que l'alliance des civilisations est la planche de salut qui peut sauver le monde des dangers qui le menacent et construire des ponts d'entente et de coopération qui favoriseront la coexistence des peuples et des nations dans un monde où foisonnent des idées, des doctrines et des théories politiques, économiques et culturelles qui se contredisent et s'affrontent, créant une atmosphère malsaine à tous les niveaux. Ce que l'humanité vit sur le plan international en est l'illustration.
Dans le présent essai que je publie aujourd'hui en langues anglaise et française, j'ai tenté d'élaborer ces idées et de les approfondir. Je me suis ainsi intéressé à l'ancrage de la philosophie qui porte l'alliance des civilisations et à l'analyse théorique et fonctionnelle du concept d'alliance d'un point de vue islamique. Pour ce faire, je me suis appuyé sur les textes internationaux qui ont abordé le concept d'alliance des civilisations après son adoption par les Nations Unies, suite à la création de l'Alliance des Civilisations par son ex-Secrétaire général. Il convient de rappeler à ce titre, que cette nouvelle instance onusienne a tenu deux sessions du Forum international sur l'alliance des civilisations auxquelles j'ai participé en m'adressant à la communauté internationale: la première à Madrid en janvier 2008 et la deuxième à Istanbul en avril 2009. »
Source: ISESCO