Cette manifestation était organisée en réaction à l'agression d'une jeune fille voilée, agression survenue le samedi 19 septembre. Ce jour-là, en fin d'après-midi, une Pessacaise de 20 ans, qui porte le foulard, immobilise sa voiture près du centre commercial de Pessac, le temps de quelques vérifications sur son automobile: des voyants, sur le tableau de bord, signalent un dysfonctionnement. La conductrice vient de faire quelques courses, notamment en vue de la célébration de la fin du ramadan, prévue le lendemain.
Selon le récit de la jeune fille, trois garçons et une fille d'une vingtaine d'années, décrits comme « des marginaux de physionomie européenne » (l'un d'eux porte des dreadlocks), l'approchent alors qu'elle examine sa voiture. Ils la bousculent, la menacent et l'injurient.
Cette agression, qui a valu à la jeune femme dix jours d'interruption de travail, a aussitôt suscité une forte émotion dans la communauté musulmane pessacaise. D'autant que la jeune fille est issue d'une famille connue, bien intégrée, très impliquée, notamment auprès de l'Association des musulmans de Gironde, qui gère une grande partie des lieux de culte du département.
Le père de la victime, Amir Chaban, est médecin urgentiste; ses enfants fréquentent, pour leur scolarité, des établissements catholiques bordelais, ses filles portent le voile : sa famille fait partie de la bourgeoisie musulmane de l'agglomération.
Amir Chaban ne souhaite pas exposer sa fille ; il a toutefois confié hier : « Les phrases qui ont été proférées ce soir-là contre elle sont si injurieuses que je n'ai pu lire le PV dans son intégralité... » Pourquoi trois semaines se sont-elles écoulées entre l'agression et le rassemblement de soutien de samedi ? « Parce que ma fille, très choquée, ne voulait pas, au début, porter plainte ; elle n'a déposé sa plainte, pour injures et menaces, que la semaine dernière, après les nombreux encouragements de ses amis », explique Amir Chaban.
L'initiative de la marche silencieuse de samedi est en grande partie venue de l'Association des musulmans de Pessac. Laquelle, rattachée à l'Association des musulmans de Gironde, est en charge du culte dans la salle de la Châtaigneraie, mise à disposition des musulmans pessacais pour la prière du vendredi. « Il nous a paru naturel de mobiliser ce collectif pour la soutenir ; nous avons tenu à organiser une marche très calme, sans slogans », précise Abdouramane Ridouane, secrétaire général de cette association rejointe dans son appel par les Scouts musulmans de France, l'Union M, la Ligue des droits de l'homme, l'USSAP Boxe, le NPA-Pessac.
Samedi, en fin d'après-midi, une délégation a été reçue par un adjoint au maire de la commune. Quant à l'enquête, elle a été confiée à la brigade de Pessac.
Source: sudouest