Un savant musulman apprend aux chrétiens comment lire les Saintes Ecritures

13:29 - October 24, 2009
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Rome(IQNA)- Lors de son Audience Générale, Benoît XVI a cité en exemple Pierre le Vénérable, le grand abbé de Cluny qui, au XIIe siècle, "fit traduire le Coran" pour "favoriser la connaissance" de l'islam.
Aujourd’hui, au début du XXIe siècle, il se passe quelque chose de plus. De plus en plus de chercheurs chrétiens appliquent au Coran, pour mieux le comprendre, des méthodes de lecture déjà appliquées à la Bible et fondées non seulement sur la tradition et sur la théologie, mais aussi sur l'analyse historico-critique et littéraire.
Des méthodes que l’Eglise catholique a eu du mal à approuver mais qui sont d’usage courant depuis plusieurs décennies. Elles font partie de ces "conquêtes des Lumières" que l’Eglise a accueillies et que Benoît XVI – dans un important discours du 22 décembre 2006 – a souhaité voir également accueillies par le monde musulman.
En effet, l'exégèse musulmane du Coran a connu au siècle dernier "une intense activité d’interprétation, qui n’a pas été inférieure à celle du Moyen Age", comme l’a établi, entre autres, l'islamologue Massimo Campanini dans un essai publié en 2008 en Italie aux éditions Morcelliana sous le titre : "L'exégèse musulmane du Coran au XXe siècle".
Mais l'exégèse musulmane contemporaine – Campanini le montre – s’explique surtout par l'application du Coran à l'action humaine, aux comportements pratiques ; elle est éminemment "une herméneutique de la pratique". Pour le reste, elle n’innove en rien par rapport aux méthodes d’exégèse traditionnelles de l'islam.
Le frère Michel Cuypers, qui vit au Caire, est l’un des chercheurs catholiques qui appliquent au Coran les outils de l’exégèse moderne, notamment littéraire.
Son dernier livre, paru en France il y a deux ans, est très suggestif. Consacré à l'analyse d’un chapitre du Coran, il est intitulé "Le festin: une lecture de la sourate al-Mâ’ida" et préfacé par l'éminent chercheur musulman Mohamed-Ali Amir-Moezzi.
De Cuypers, www.chiesa a publié, il y a déjà quelque, temps une longue interview et, plus récemment, un article sur le rôle de la tradition dans l'interprétation musulmane du Coran, publié aussi par "L'Osservatore Romano".
Dans ce dernier article, Cuypers a montré, en décrivant les derniers développements de l'interprétation du Coran chez les musulmans, qu’il y a aujourd’hui des "modernistes" qui tendent à exclure le recours à la tradition, avec la conséquence suivante :
"Le Coran devient donc la seule source vraiment normative de l'islam. Une 'seule Ecriture' qui ne manque pas d'influences provenant du modèle protestant (certains modernistes sont volontiers appelés les 'Luther de l'islam'). Cette façon de se libérer des mailles de la tradition permet d'envisager une nouvelle exégèse du Coran, demandée aujourd’hui par certains intellectuels musulmans. Les 'occasions de la révélation', tirées des hadîths, ne sont plus la méthode privilégiée d'exégèse, comme dans le passé. Une exégèse critique est désormais possible.
"Cette position ouverte a toutefois comme contrepartie de mettre les intellectuels musulmans modernistes en marge du courant général de l'islam, qui reste massivement lié à la sunna comme norme de foi et de droit, organiquement associée au Coran. On comprend alors que les différentes conceptions des musulmans quant à la tradition soient au cœur de la crise actuelle de l'islam".
Source: eucharistiemisericor
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