A priori très anodine, la célébration de la fête du sacrifice revêt une signification particulière en Turquie, pays séculaire dont la population, plus de 98 pc musulmane, est restée très attachée à la Sainte Religion en dépit de la laïcité déclarée et "farouchement" défendue par l'Etat.
En Turquie et particulièrement dans les agglomérations urbaines, les scènes habituellement courantes dans les sociétés musulmanes où le bélier ou autres animaux de sacrifice envahissent les rues, les habitations et l'environnement urbain, ne sont pas palpables, mais l'Aïd est omniprésent.
Si sa célébration diffère selon les milieux et les catégories sociales, l'esprit de solidarité, le "regroupement familial", les voyages et déplacements demeurent les points communs des journées festives chez la majorité écrasante des Turcs.
Vacances et voyages sont les maîtres mots durant ces jours d'avant l'Aïd. Faut dire que l'Etat, mais aussi les professionnels du tourisme ne lésinent pas sur les moyens pour faire des quatre jours fériés du Bayram (27-30 novembre) un long week-end de voyage, consommation, dépense et loisir...
La circulation sur le réseau autoroutier du pays, ainsi que la traversée des deux ponts géants liant les parties européenne et asiatique de la métropole Istanbul, seront gratuites. Des municipalités de grandes villes, notamment Istanbul et Ankara réduiront de 50 pc durant cette période les prix des tickets pour tous les moyens de transport urbain.
Les agences de voyage, hôteliers et opérateurs touristiques qui ont saisi l'énorme opportunité qu'offre la célébration de l'Aïd Al-Adha, ont misé sur le marché des packages attractifs et entrepris des campagnes de marketing pour stimuler une large clientèle qui ne se laissait pas attendre.
Des séjours dans des stations balnéaires du sud, ainsi dans différentes autres régions de la Turquie et à l'étranger sont offerts à des prix "exorbitants" et dépassent même de loin les tarifs applicables en dehors de la "haute saison du Bayram". Désormais, cela n'a pas dissuadé des clients dont les réservations de certains remontent d'ores et déjà à des mois.
Outre ces touristes du Bayrami, les jours de l'Aïd connaissent un important mouvement de déplacements des Turcs, surtout les citadins qui se regroupent en famille dans les campagnes ou ils peuvent accomplir "tranquillement" et dans "les règles de l'art" le rituel du sacrifice.
En effet, dans les milieux urbains ou le mode de vie, mais aussi la stricte réglementation municipale interdisent le rituel du sacrifice dans les habitations, des espaces spécialement aménagés à cet effet sont mis à la disposition des inconditionnels du mouton (ou du veau) qui ne peuvent pas aller ailleurs.
Equipés, certes, pour le bon déroulement de l'immolation, surtout sur le plan de l'hygiène, ces "sites municipaux" ne remplacent cependant pas l'ambiance familiale de l'Aïd où le "contact" direct avec l'animal fait partie du rituel.
Cette ambiance, la plupart des Turcs vont la chercher dans les campagnes et les environs des agglomérations où l'animal du sacrifice, généralement un veau, est égorgé par le chef de famille (le cas échéant un boucher) suivant des rituels presque communs à toutes les sociétés musulmanes.
Une fois l'acte d'immolation accompli, place aux délices gastronomiques dont les innombrables recettes traditionnelles "honorent" la viande et rivalisent de saveurs exquises pour offrir des plats dégustés et savourés en famille.
Parmi les mets particulièrement prisés le jour du Bayrami, l'on trouve le délicieux et traditionnel "kurban Kavurma", consistant en des petits morceaux de viande cuits dans une casserole avec un soupçon de matière grasse, des tomates, oignons et poivrons. Le tout saupoudré de thym et accompagné de riz "pilav".
L'incontournable soupe ou "çorba" est également servie sous des variantes "inspirées" de l'évènement, allant de la soupe aux tripes "iskembe" à celle mijotée à base de la tête et pattes du mouton "paça çorbasi".
L'aspect gastronomique retrouve ainsi toute sa splendeur durant les jours du korban Bayrami, pour offrir aux Turcs un ciment de plus pour renouer avec les traditions, avant de vaquer à nouveau à leurs occupations dans un pays "laïque" mais de plus en plus retournée vers les rites de la Sainte Religion.
Source: casafree