Une mosquée sort de terre à Bayonne

9:07 - December 02, 2009
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France(IQNA)- Après quinze ans d'atermoiements, petit à petit, la mosquée de Bayonne sort de terre, quartier Sainte-Croix. Sur la dalle de béton, les colonnes sont encore brutes et le ciel ouvert.
Il faut fournir un petit effort d'imagination : « Là, nous sommes dans la salle de prière », indique Abderrahim Wajou, le président de l'Association des musulmans de la Côté Basque (MCB). C'est elle qui finance, au centime près, le futur lieu de culte.
Plus précisément, elle le paie grâce à la solidarité d'associations islamiques à travers la France. « Nous recevons des dons de la communauté musulmane en général. Et nous avançons au rythme de ces dons. Quand nous avons un peu d'argent, nous achetons des matériaux, mobilisons les artisans. » Certains, des musulmans, offrent quelques journées de travail à ce projet.
Le chantier avance donc par saccades. « Je ne peux pas vous dire quand ce sera terminé. » Car la MCB n'empruntera pas aux banques pour réaliser cette mosquée estimée à 700 000 euros. Les préceptes de la religion musulmane interdisent notamment la perception de taux d'intérêts. L'idée de l'argent générateur d'argent ouvre un espace à l'avidité. « Il y a quelque chose de l'ordre du désir immodéré, de la convoitise, qui contredit nos croyances. »
Traversée de la salle de prière : 150 m2 environ, pour 300 fidèles et un espace dédié aux femmes. Le patio passé, le « centre culturel » offre plusieurs salles, dont une bibliothèque. « Nous voulons que ce soit un lieu de rencontre, ouvert à tous. Musulmans, comme non musulmans. Un lieu d'échange », insiste Abderrahim Wajou.
Un soutien scolaire y sera assuré, des cours d'arabe aussi. Là encore, pour qui veut. Mais le président de l'association insiste sur ce point : « C'est très important pour les musulmans. Quand ils prient, d'abord. Autant que dans leur compréhension des textes. Quand on maîtrise la langue, on n'a pas besoin d'intermédiaires, on est autonome devant les textes, libre de son analyse. Ca permet de comprendre l'islam de manière éclairée. »
« Pas d'intermédiaires », « libre », « éclairé » : Abderrahim Wajou choisit soigneusement ses mots. Il sait combien le nom islam se prête aux amalgames, seulement séparé par quatre lettres du mot islamisme. Les militants « identitaires » attaquent le projet de mosquée depuis des mois. Il y a peu encore, devant les halles de Bayonne, ils étaient une poignée a dire leur rejet de ce lieu de culte à Bayonne.
Ces attaques, le représentant des musulmans les juge « absurdes ». Pour lui, elles ne font que « renforcer l'utilité » d'un tel lieu de culte. Parce que « la méconnaissance nourrit la peur et mène au rejet ». « Voilà pourquoi nous parlons de lieu d'échange et de parole, à propos de la mosquée. Il faut apprendre à se connaître. » Aussi parce qu'elle offre une visibilité, « quelque chose d'officiel ». « Un lieu dédié à la pratique de notre religion, c'est l'inverse de la marginalité, l'inverse du secret. Il ne faut pas avoir l'air de se cacher. »
La construction d'une mosquée, l'opposition qu'elle suscite chez les tenants d'une culture sans nuance, résonne singulièrement à l'heure où l'on tente de débattre de « l'identité nationale ». Pour le Français musulman, les deux termes ne se heurtent pas. « La culture musulmane, n'est pas à opposer à l'identité française, et même occidentale. »
Source: sudouest
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