Pour partager sa passion, Nasser Khalili la fait circuler dans le monde: 471 pièces sont présentées à l'IMA jusqu'au 14 mars.
Nasser D. Khalili est né en 1945 à Ispahan, en Iran, dans une famille juive de marchands d'art. En 1967 il part pour New York pour faire des études scientifiques avant de s'installer en 1978 à Londres, où il vit toujours. Il y a fait fortune comme marchand d'art puis en investissant dans l'immobilier commercial ou les nouvelles technologies.
Mais "les affaires, c'est un outil", dit-il, "je me considère plutôt comme un universitaire, un collectionneur, plutôt qu'un homme d'affaires", a expliqué ce diplômé d'art iranien à l'AFP. Depuis 40 ans, il collectionne, de l'art islamique surtout mais aussi de l'art japonais du XIXe, des textiles suédois, des émaux et de l'orfèvrerie espagnole.
Pour faire "partager sa passion", depuis une quinzaine d'années il fait tourner dans le monde son exceptionnelle collection, à ses frais. Des sélections sont exposées dans les plus grands musées, tels que le Van Gogh Museum à Amsterdam, le British Museum de Londres ou récemment Abou Dhabi pour l'exposition qui vient à Paris. L'Ermitage à Saint-Petersbourg va également bientôt accueillir quelques-uns de ses émaux.
"Pour moi, l'art est un remède à de nombreux problèmes", dit le collectionneur dans un entretien à l'AFP. Pour lui, elle a également la fonction de "jeter des passerelles entre les peuples". L'art islamique, qui forme l'écrasante partie de sa collection est sa "passion", dit-il. "Ce n'est pas parce que je suis né dans un pays islamique, mais parce que c'est l'art le plus beau du monde", assure-t-il. Et, par delà leur beauté, elles montrent "combien les juifs et les musulmans ont en commun", dit-il, assuré que "l'art peut aider à lever les incompréhensions" entre juifs et musulmans ou chrétiens et musulmans.
Car Nasser D. Khalili est aussi un militant de la paix, par la culture. Il publie ses collections dans une quarantaine d'ouvrages déjà parus, finance une chaire d'art islamique à l'Université de Londres et un centre de recherches sur l'art et la culture du Moyen Orient à Oxford. Il a aussi créé la fondation Maimonide, qui organise des conférences pour promouvoir "la paix et la compréhension entre juifs et musulmans".
On peut voir à l'IMA des pièces exceptionnelles, datant du début de l'Islam (VIIe siècle) jusqu'à nos jours. Des tentures somptueuses brodées d'or ou d'argent qui recouvraient la Kaaba, construction sacrée de la Mecque, et étaient renouvelées régulièrement. Des corans, bien sûr, aux calligraphies soignées, ou illustrées de délicats motifs floraux. Des chandeliers géants qui éclairaient les mosquées.
L'art islamique ne s'entend pas forcément comme de l'art religieux. D'ailleurs ont peut retrouver des prières inscrites sur des objets profanes, comme de la vaisselle.
L'interdiction de la représentation de la figure humaine, dans les oeuvres proprement religieuses, a eu tendance à s'étendre à toute représentation humaine dans l'art. D'où l'importance de la calligraphie et des motifs géométriques, floraux, ou des entrelacs.
Mais l'homme a continué à être représenté, particulièrement en Inde, en Iran. Par exemple dans les illustrations du Shah namah, épopée nationale composée de récits et légendes rassemblés au XIe siècle en Iran. Ou encore dans celles de l'Histoire universelle de Rashid al-din, homme d'Etat et historien persan du en Iran des XIIIe et XIVe siècles, ou des poèmes du Diwan de Hafiz, poète et mystique soufi du XIVe siècle.
Source: france2