Le 15 septembre, au département d’État américain, Hillary Clinton a reçu 230 personnes pour la rupture du jeûne. Une première. Chargée de la communauté musulmane au département d’État depuis le 23 juin, Farah Pandith a ouvert la cérémonie par quelques mots en arabe: « Assalamou alaïkoum… » Souriante, concentrée, elle a expliqué que son rôle consistait à « promouvoir un partenariat entre le département d’État et les communautés musulmanes à travers le monde, de Séville à Sydney ». Le poste a été créé sur mesure pour cette Américaine née en Inde il y a quarante et un ans, qui, de 2007 à 2009, était chargée des relations entre le département d’État et les communautés musulmanes européennes.
Farah Pandith fait partie de cette nouvelle génération de musulmans américains résolus à participer pleinement aux affaires de la nation, à promouvoir une meilleure image de leur religion et à travailler à un rapprochement entre les communautés religieuses.
Depuis le mois de février, l’administration Obama a fait accéder un certain nombre d’entre eux à des responsabilités de premier plan. Le sociologue des religions Eboo Patel et la chercheuse Dalia Mogahed, une spécialiste des sondages, ont ainsi été nommés au Conseil pour le partenariat et le bon voisinage entre les religions, un organisme censé présenter des recommandations au président en février prochain.
Née au Caire, élevée à Pittsburgh et portant le voile islamique, Dalia Mogahed, 33 ans, est un pur produit des muslim studies. Elle dirige aujourd’hui le département « monde musulman » de l’institut de sondages Gallup. En 2008, elle a coécrit un livre intitulé Who Speaks for Islam? What a billion muslims really think (« Qui parle pour l’Islam? Ce qu’un milliard de musulmans pensent vraiment ») et, en mars dernier, publié un sondage sur les 7 millions de musulmans américains (estimation du département d’État). Son ambition? « Redonner aux musulmans leur dignité. » Cette perle rare n’a pas échappé à Barack Obama, qui a eu recours à ses conseils pour rédiger son adresse au monde musulman, au Caire, le 4 juin.
Diplômé d’Oxford, Eboo Patel, 34 ans, s’est pour sa part fait connaître en créant, à Chicago, une association vouée à la promotion du dialogue interreligieux. Depuis 1998, il s’évertue à « aider les gens à comprendre que la religion est une forme de coopération, pas une source de conflits ». Il a raconté son expérience dans Acts of Faith: The Story of an American Muslim (« Actes de foi: l’histoire d’un musulman américain »), un livre très inspiré des Rêves de mon père, d’Obama, qui a remporté un franc succès.
Pour le chef de l’exécutif, toutes ces promotions participent d’un grand dessein: réconcilier les États-Unis avec le monde musulman et promouvoir la diversité. Pendant le ramadan, son administration a ouvert ses portes aux musulmans. Le 1er septembre, un iftar dinner a eu lieu à la Maison Blanche.
Les droits civiques des musulmans ne sont défendus que par des associations comme le Conseil musulman des affaires publiques, dont l’influence reste limitée. « Il est encore trop tôt pour créer un lobby, estime Salam al-Marayati. Nous en sommes encore à une phase d’éducation des milieux politiques et de sensibilisation du grand public. Les musulmans restent méconnus et incompris. »
Source: saphirnews