L'enquête, menée en décembre 2009 auprès de 1 648 individus majeurs (entretiens en face à face) pourrait bien intéresser les marchands du halal. « Nous avons centré notre étude sur les quatre départements qui concentrent le plus de population d'origine maghrébine : Île-de-France, Rhône-Alpes, PACA et Nord-Pas-de-Calais », nous explique Abbas Bendali, directeur du cabinet Solis.
La période du Ramadan (août 2009) a été l'occasion pour beaucoup de s'essayer à ce nouveau marché ou de se rendre résolument plus visibles. Jean-Daniel Hertzog, patron d'Isla Délice (société leader de la charcuterie halal en France) a été des premiers à sentir le filon : juste avant l'été, des milliers de panneaux publicitaires donnaient à voir la première pub halal en grand format et sur l'espace public. Véritable choc visuel, pour les consommateurs aussi bien que pour les concurrents.
S'y met ensuite l'entreprise Zakia Halal, qui, souvenez-vous, avait lancé pour la première fois du genre un spot publicitaire diffusé à des heures de grande écoute sur TF1 et des chaînes de la TNT.
Le groupe Casino, qui s'était donné un coup d'accélérateur en 2008 en créant une commission spécial halal au sein du groupe, avait, lui aussi, lancé sa toute nouvelle gamme halal de la marque Wassila à l'occasion du mois de jeûne des quelque 5 à 6 millions de consommateurs de culture musulmane.
Carrefour, autre géant de la grande distribution, a aussi sa marque Réghalal vendue dans les magasins discount ED ; Nestlé, ses saucisses halal emballées par Herta et Maggi ; Fleury Michon, sa gamme de charcuterie de volaille halal.
Sans oublier un des leaders de la restauration rapide, Quick, qui s'est lancé ces derniers mois à l'expérimentation du « tout halal » dans une dizaine de ses restaurants en France, qui, depuis, ne désemplissent pas. Le surf sur la vague halal a de quoi séduire : pour 2010, le chiffre d’affaires estimé des restaurants de type fast-foods, sandwicheries et kebabs représentera 1 milliard d'euros.
Bref, la concurrence est, on l'aura compris, très rude. Selon les estimations du cabinet Solis, le marché représentera 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010. « 4,5 milliards d'euros seront dépensés en 2010 par les ménages pour leurs achats de produits halal », avance l'étude.
Du jamais vu dans l'histoire du halal en France. Une « brusque accélération » due à la fois aux « lancements de produits » par les grandes marques et les distributeurs, la « visibilité dans les mass-médias » et les « extensions de gamme des produits de grande et moyenne distribution », nous explique le directeur de Solis, sans oublier la « forte attente des consommateurs de culture musulmane ».
Pour faire face à la concurrence et s'accaparer les papilles gustatives de ces consommateurs tant adulés, les marques s'activent dans la diversification des offres halal, et misent sur... la charcuterie : le consommateur attaché au caractère halal de ce qui entre dans son estomac peut désormais manger du foie gras comme son voisin, du bacon de dinde, déguster un cordon bleu ou même un hot-dog.
Selon Solis, « la viande et la charcuterie sont les principales catégories achetées, respectivement 99,3 % et 70 %, loin devant les plats cuisinés, les bouillons-cubes, les soupes et les bonbons », les plats cuisinés ayant tout même connu un regain de 51 % depuis qu'industriels et distributeurs fonctionnent à coup de marketing.
Les produits, vendus principalement dans les commerces traditionnels de type boucheries musulmanes, comme ceux de la marque Isla Délice, par exemple, s'étendent rapidement aujourd'hui aux réseaux GMS (grandes et moyennes surfaces).
Cependant, les consommateurs musulmans se dirigent plus naturellement vers les marques halal historiques, tels Dounia, Isla Délice, Isla Mondial, Médina, Saada, Jumbo et Zakia, que vers les marques nationales, que sont Duc, Fleury Michon, Herta, Knorr, Labeyrie, Liebig et Maggi.
Il faut le temps que la « distance culturelle » s'estompe, reconnaît le directeur du cabinet Solis. Mais le dynamisme démographique y aidera certainement, avec l'arrivée des « diversity baby-boomers » parvenus à l'âge adulte (généralement nés en France dans les années 1980 et 1990), précise-t-il.
Source: saphirnews