La finance islamique ’’a pour objet de développer des services bancaires et des produits financiers compatibles avec la loi coranique. Elle est basée sur les principes suivants : interdiction de l’intérêt, interdiction de l’incertitude et de la spéculation, interdiction d’investir dans des secteurs illicites’’, écrit-t-il dans une tribune publiée vendredi par le journal Sud Quotidien (privé).
Dans les banques où la finance islamique est administrée, un conseil de conformité à la Charia composé de spécialistes de la loi islamique vérifie le caractère islamique des produits financiers et des transactions financières, a expliqué M. Sy, secrétaire général de l’Association sénégalaise des économistes (ASE).
’’Dans une banque classique, un entrepreneur se voit proposer par son banquier un crédit moyennant un intérêt, avec l’obligation de rembourser chaque mois la même somme, que son entreprise aille bien ou mal’’, précise l’économiste.
’’Dans la banque islamique, poursuit-il, les deux parties s’engagent à partager les pertes et les profits, dans un contrat de mudarabah (commandite), par lequel une partie fournit le capital pour un projet, et l’autre le travail’’.
’’La banque islamique, ainsi, ne se rémunère pas avec un taux d’intérêt, mais avec un pourcentage convenu à l’avance des bénéfices de la société ou de celui que celle-ci retire d’un projet particulier’’, écrit encore M. Sy selon qui ’’les pertes en capital sont assumées par le seul bailleur de fonds.’’
Concernant les dettes contractées sur les marchés financiers, la finance islamique a inventé le ’’sukuk’’, qui est l’équivalent islamique d’une obligation où l’intérêt devient un profit prévu à l’avance, à risque quasi-nul, renseigne Chérif Salif Sy.
’’Bien que leur mode de rémunération soit analogue à celui des actions, les sukuk, fait-il savoir, ne donnent aucun droit à leurs détenteurs dans la gestion de l’entreprise : pas de vote en assemblée générale, ni de place au conseil d’administration’’.
’’Toutefois, ajoute-t-il, une entreprise qui émet des sukuk doit offrir une garantie, car ces titres doivent toujours être adossés à un actif réel : un immeuble, des machines, etc.’’
’’On ne peut pas garantir des titres par d’autres titres, comme cela se pratique en finance occidentale. Ces actifs pourront être mis en vente par le détenteur de la créance, si l’entreprise ne peut pas rembourser’’, explique l’économiste.
La finance islamique est née dans les années 1970 et s’est développée dans les pays du Golfe persique et en Asie du Sud-est, a-t-il rappelé. Selon lui, cette finance ’’suscite des incompréhensions, soulève des interrogations…’’
Mais il estime qu’il convient ’’d’apporter un démenti à la contrevérité qui tend à faire croire que la finance Islamique occupe une place marginale dans la finance mondiale’’, alors qu’’’elle représente aujourd’hui un marché plus de 700 milliards de dollars, c’est-à-dire plus que le Plan Paulson’’, qui a permis la relance de l’économie des Etats-Unis en 2008, après la crise de 2007.
’’En Europe, fait-il encore savoir, le Royaume-Uni fait figure de pionnier avec l’adoption rapide de mesures destinées à favoriser l’implantation et l’émergence de la finance islamique, en vue du renforcement de l’attractivité de sa place financière...’’
’’En France, Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances, influencée par un rapport d’Olivier Pastré et Elyès Jouini rendu public fin 2008 et très favorable à la finance islamique, multiplie les déclarations de soutien à l’implantation de la finance islamique en France’’, ajoute-t-il.
Après la forte augmentation du prix du pétrole de ces dernières années, la finance islamique s’est exportée aux Etats-Unis et en Europe, vers les grandes places financières mondiales où le ’’système économique basé sur le Coran et la Sunna suscite un intérêt de plus en plus important’’, écrit Chérif Salif Sy.
Un forum des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) s’est tenu les 11 et 12 janvier à Dakar, pour vulgariser la finance islamique dans les huit pays de cette organisation.
Seuls trois pays (le Sénégal, le Niger et la Guinée-Bissau) membres de cette organisation possèdent des unités d’administration de la finance islamique, à savoir les représentations de la Banque islamique de développement (BID), qui fédère une cinquantaine de pays.
Il a été recommandé, lors du forum, la création d’un service chargé d’expérimenter l’administration de cette finance au sein de l’UEMOA.
Source: APS