L'art du compromis a été un facteur essentiel à la survie des sociétés islamiques, ont conclu les intellectuels rassemblés à l'occasion d'un séminaire international organisé du 14 au 17 mars à Tunis.
"Nous sommes habitués à discuter d'autres sujets", a expliqué le professeur à l'Université de Liège Mohamed Nachi lors de ce séminaire, qui était organisé sous le thème "Les Sociétés islamiques sont-elles opposées au compromis ?"
"Mais le sujet du compromis dans les sociétés islamiques est nouveau, un défi ; nous considérons que le jeu en vaut la chandelle", a-t-il ajouté.
"Un accord doit être accepté par chacun", a expliqué l'universitaire français Michel Camau. "C'est une technique de survie. Toute autre attitude équivaudrait à un suicide."
Ce séminaire était organisé par Diraset, un institut d'études sur le Maghreb à l'Université de Tunis, en collaboration avec la Fondation Hans Seidel. Il a rassemblé des intellectuels et des chercheurs dans les disciplines du droit, de la sociologie, de l'économie et des médias venus de Tunisie, de France, du Maroc, d'Algérie et du Canada.
Nachi a souligné "la nécessité de montrer à travers l'histoire et les évènements sociopolitiques que le compromis est une réalité tangible au sein de l'Islam ainsi que dans la société et en politique".
Le compromis a une histoire vénérable dans la culture arabo-islamique, selon Yadh Ben Achour, professeur de droit à Tunis.
"Nous pouvons affirmer en toute confiance que la culture arabo-islamique n'est pas étrangère à la notion d'accord", a-t-il indiqué. "En fait, historiquement parlant, elle est à l'origine des principes d'accord et de réconciliation."
Achour a cité le traité de Hudaibiya entre les Musulmans et les non-Musulmans et l'arbitrage entre Ali Ibn Abi Talib et Muaweye comme deux exemples de compromis islamique, ainsi que comme évidence provenant du Coran, le fiqh islamique, et le système judiciaire, qui utilise fréquemment les mots de "grâce", "concession", "réconciliation", "pardon", et "tolérance".
L'art du compromis dans l'Islam est passé par plusieurs phases, a expliqué le politologue Rabil Rihani.
"L'histoire nous enseigne que les relations entre les sociétés islamiques et d'autres sociétés sont passées par différentes phases de communication, d'aliénation et de conflit", a-t-il poursuivi.
"Actuellement, alors que le sujet prend une signification particulière, la démocratie et la réforme de l'éducation semblent être au coeur du problème", a-t-il poursuivi. "Le refus d'engager le dialogue est un aspect de l'échec à instiller les préceptes de la démocratie, qui appellent une éducation qui implique des programmes modernes et la pensée critique."
Les attitudes envers le compromis ont varié non seulement selon les âges, mais aussi selon les sociétés, a expliqué la féministe tunisienne Sarra Abdelmaksoud.
"Certaines sociétés modernisent en masse leur arsenal juridique, tandis que d'autres sont encore hésitantes", a-t-elle expliqué. "Les sociétés modernes ont connu une réforme éclairée en profondeur et ont adopté des lois progressistes."
"Mais les sociétés qui se sont égarées sont fondées sur une vision totalitaire de la religion, dans laquelle Dieu est la seule source de législation", a ajouté Mme Abdelmaksoud. "De telles sociétés sont fermées et ne sont disposées à participer qu'au seul dialogue basé sur la matrice de pensée islamique, et sont convaincues qu'elles seules ont accès à la vérité absolue."
Le compromis est une caractéristique universelle des sociétés à la fois islamiques et non islamiques, a commenté pour sa part le professeur de civilisation tunisienne Abdelmajid Charfi.
"Dans le monde, toutes les sociétés tentent de réconcilier leurs différences internes", a-t-il conclu.
Source: magharebia