Le Directeur général a également appelé à renforcer le contrôle des dépenses, encourager les réformes politiques et économiques dans les pays africains et opter pour la transparence et la bonne gouvernance.
Ces recommandations ont été formulées dans une communication intitulée : « l’Afrique et la crise mondiale : perspectives d’avenir », que le Directeur général de l’ISESCO a présentée lors d’une séance de travail tenue ce matin, dans le cadre du Forum de Crans Montana à Bruxelles.
Ont pris la parole lors de cette séance de travail présidée par M. Jean-Paul Carteron, Ambassadeur de l’ISESCO pour le dialogue des cultures et des civilisations, M. Jerry Rawlings, ancien Président du Ghana ainsi que Dr Abdulaziz Othman Altwaijri, Directeur général de l’ISESCO.
Dans sa communication, le Directeur général a précisé : « l’Afrique est l’un des continents les plus touchés par la crise mondiale actuelle. Le préjudice occasionné par cette crise est appelé à s’aggraver dans ce continent plus que dans toute autre région du monde. A travers des décennies, l’Afrique a souffert de plusieurs problèmes et crises que les efforts déployés à l’échelle internationale n’ont pas pu endiguer de manière satisfaisante. En cette conjoncture, l’Afrique est prise dans un cercle vicieux et les conditions politiques, économiques et sociales dans la plupart de ses pays présentent des dangers non seulement sur la sécurité régionale africaine mais aussi sur la sécurité et la paix dans le monde ».
« Ainsi, a-t-il poursuivi, la famine et les catastrophes naturelles qui sévissent dans le continent africain, conduisent à la migration des citoyens, augmentant de manière dramatique les vagues de réfugiés africains et ajoutant encore plus à la gravité de la crise ».
Il a également ajouté que les conflits régionaux gagnent en ampleur car les Etas africains ont hérité des frontières factices tracées par les anciennes puissances coloniales européennes. Le traçage de ces frontières, a-t-il affirmé, n’ayant été ni clair ni précis, des guerres civiles et régionales ont éclaté, affaibli le continent et compromis dangereusement sa stabilité politique, sociale et économique.
A cet égard, il a déclaré : « le continent africain fait aujourd’hui face à des problèmes extrêmement inquiétants, à commencer par les questions de santé et de lutte contre les épidémies et les maladies comme la malaria, la tuberculose, le virus HIV/Sida, en passant par les guerres civiles et les questions juridiques liées à certains conflits politiques qui sont restés sans solution. Le continent africain doit également relever des défis économiques et sociaux et revenir à la charge pour améliorer le niveau de vie de millions d’Africains pauvres et analphabètes. Il doit également trouver une solution aux famines répétitives et aux problèmes de l’environnement et ses corollaires comme la désertification, la pollution et autres ».
S’agissant de l’avenir économique régional, le Directeur général a souligné que le rapport de la Banque mondiale sur l’Afrique subsaharienne, publié en avril de l’année dernière, a précisé que la croissance économique de l’Afrique subsaharienne sera de 1,5 % en 2010 avant de remonter à un peu moins de 4 % en 2010, taux qui reste inférieur au niveau enregistré avant la crise. Ces prévisions, a-t-il souligné, impliquent une décélération prononcée de la croissance par rapport à 2008 et une forte révision à la baisse des prévisions publiées en octobre dernier.
Et d’ajouter que l’un des problèmes les plus inquiétants auxquelles l’Afrique fera face dans les prochaines années demeure la propagation rapide et alarmante du virus VIH/Sida. L’Afrique subsaharienne, a-t-il précisé, est l’une des régions les plus touchées par cette épidémie qui est encore plus dévastatrice que par le passé.
D’autre part, se référant aux statistiques de l’ISESCO, le Directeur général a souligné que le nombre d’enfants scolarisés au niveau primaire en Afrique a atteint cette année 42 millions par rapport à l’année 2000. Toutefois, la stagnation économique a poussé certains gouvernements africains à revoir à la baisse les dépenses allouées à l’enseignement.
Ainsi, a-t-il constaté, malgré les efforts de la communauté internationale en vue de pallier aux répercussions de la crise mondiale notamment sur l’Afrique, les spécialistes des affaires africaines prévoient une intensification de la crise à plusieurs niveaux, étant donné que les facteurs objectifs internes et externes mentionnés précédemment influencent les prises de décision pouvant atténuer les répercussions de la crise.
Le Directeur général a également rappelé que le dernier Sommet de l’Union africaine a souligné dans une décision relative à la crise financière et économique mondiale actuelle, la nécessité d’atteindre les Objectifs de Développement pour le Millénaire (ODM) à l’horizon de 2015. Il a également précisé que ledit Sommet a, par ailleurs, appelé au réapprovisionnement immédiat des ressources du Fonds africain de Développement (FAD) et de l’Association internationale de Développement (IDA) durant leurs 12ème et 16ème sessions respectives, et invité les deux institutions à anticiper l’augmentation de leur capital afin de pouvoir apporter leur appui aux pays africains à faible revenu.
Selon le Directeur général, il s’agit là d’un engagement politique qu’il faudra réaliser et un appel adressé particulièrement aux pays les plus frappés par la crise mondiale afin de réviser leurs politiques et respecter les engagements internationaux concernant la réforme, le réajustement, la bonne gouvernance et la transparence en vue de faire face aux crises.
Dr Abdulaziz Othman Altwaijri a, par ailleurs, déclaré qu’en cette conjoncture, l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO- accorde une attention particulière au soutien des Etats membres africains afin de renforcer leurs capacités dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture et de la communication. Cependant, a-t-il souligné, en raison du caractère limité de ses moyens, l’ISESCO entretient des relations de partenariat avec nombreuses organisations internationales, notamment l’UNESCO, l’OIF, l’AMAI et bien d’autres institutions pour la réalisation d’activités de développement éducatif, scientifique, culturel et communicationnel dans les Etats membres africains.
Au terme de son intervention, le Directeur général de l’ISESCO a indiqué qu’en dépit des résultats positifs réalisés grâce aux efforts consentis par l’ISESCO, les tâches sont lourdes, les défis énormes et les besoins de soutien des politiques nationales sont au-delà des capacités de l’ISESCO. C’est pourquoi, a-t-il conclu, la communauté internationale se doit de conjuguer ses efforts pour faire face à la crise mondiale qui frappe le continent africain.
Source: ISESCO