Tlemcen et l’architecture islamique: une herméneutique spirituelle

11:53 - September 18, 2010
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Algérie(IQNA)- Jugée exclusivement décorative, l’architecture islamique fut pendant longtemps dépréciée par les historiens de l’art, a souligné le docteur Besenouci El Ghaouti, interrogé jeudi dernier au sujet des journées d’étude organisées et inscrites dans le cadre de la manifestation Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011.
«Ce n’est que vers la fin du dix-neuvième siècle (et particulièrement au début du siècle dernier) que, grâce aux différents courants d’idées avant-gardistes qui ont soufflé sur l’Europe, des chercheurs (spécialistes ou amateurs) ont commencé à s’intéresser à l’art de l’Islam et sont partis à sa découverte, notamment dans les pays sous domination coloniale», fera-t-il remarquer.
Ainsi, ajoutera-t-il, ils se sont farouchement attelés à sa description et tout autant à son intellection, son analyse et sa critique. Cependant, si certains d’entre eux se sont montrés impartiaux dans leurs jugements et ont laissé des approches scientifiques notables sur cet art d’autres, au contraire, n’ont pu résister à l’emprise des préjugés raciaux et culturels de l’époque.
Ils ont de la sorte volontairement occulté son savoir-faire technique et son importance civilisationnelle, et ont versé singulièrement dans le burlesque et la conjecture la plus apprêtée.«Cela dit, il faut remarquer que le recours de ces derniers - dans leurs tentatives d’appréciation de l’art musulman- à des paramètres qui lui sont totalement étrangers, ne pouvait que renforcer leur refus de le comprendre et les amener par conséquent à émettre des sentences faussées a priori. Cet art, comme tous les autres, demeure en effet le support d’une expression culturelle particulière et, pour bien appréhender sa nature et sa substance, il faut investir les profondeurs de la philosophie qui l’inspire.»
L’islam, selon notre interlocuteur, s’inscrit dans la continuité des religions chrétienne et juive, mais pour s’en démarquer il prêche un retour aux sources pures de la spiritualité. Loin de ces dogmes essoufflant, jugés corrompus, il ne s’est jamais contenu dans une dimension franchement ecclésiastique.
«Il est tout à la fois un culte religieux, un système social et une aire culturelle. Le Coran, dont il puise sa quintessence, est un hymne à la connaissance. Il invite à l’étude, associe la foi et le savoir, sans limiter ce dernier à la révélation ni l’asservir à ses buts.» En effet, explique-t-il, l’islam, qui n’a vu le jour ni dans une société industrielle ni dans une société agricole, mais dans une société plutôt hostile au mode de vie citadin, a généré d’importantes institutions urbaines qui étaient autant de foyers de culture et de sciences, de chantiers intellectuels qui ont donné au savoir un essor sans lequel notre modernité ne serait pas.
Certes, les apports de l’islam à la connaissance universelle sont aussi nombreux que divers et constituent un riche héritage civilisationnel, mais la première place revient incontestablement à l’art dont l’architecture est une des manifestations centrales, sans doute la plus conforme à son intelligence.
Source: latribune
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