Le Louvre, l’un des plus grands musées du monde, va ouvrir une nouvelle galerie de 3.000 m2 pour accueillir la collection d’œuvres islamiques, en nombre croissant. Le bâtiment moderne, en construction au sein du musée, ouvrira en 2012.
Il y a près de 10 ans, les œuvres délaissées de Sehr-i Istanbul, dont nul ne savait quels trésors s’y cachaient, nous avaient profondément blessés, nous les enfants qui ne prenons pas soin de notre héritage. La porcelaine brisée, les bijoux et chandeliers en argent, les rideaux pourrissants, et les meubles rongés par les vers nous avaient adressé, depuis les chambres 64, 68 et 50/5 du Palais de Dolmabahçe, un salut pareil à celui des prisonniers attendant la mort. Heureusement, les petites agitations ressenties ces jours-ci au Musée Sultanahmet des Œuvres islamiques turques, nous ont rappelé qu’il peut y avoir encore des petits bonheurs.
Les rares pièces de la collection du Sam evraki qui comporte 250.000 pages considérées comme étant les premiers exemplaires du Coran, ainsi que des manuscrits inédits, ont été exposées lors de l’événement "Coran : 1400 ans après la révélation". Le tout a été rendu possible grâce aux précieux efforts de Sevgi Kutluay et de son équipe de spécialistes. La conservatrice du département des arts de l’islam du musée du Louvre, Sophie Makariou, la conservatrice des collections du Moyen-Orient islamique et contemporain au Musée national britannique, Venetia Porter, ainsi que l’assistante chercheuse du Musée des arts islamiques de Berlin, Filiz Cakir, se sont rendus à Istanbul pour voir la collection de plus près.
Nous profitons de notre rencontre avec Sophie Makariou du Louvre, l’un des plus grands musées du monde et qui détient la plus importante collection d’œuvres islamiques, pour lui poser certaines questions. La conservatrice qui ressent une affection particulière pour Istanbul, est la responsable d’une collection de 18.000 pièces couvrant tout le monde islamique de l’Espagne à l’Inde entre les 7e et 9e siècles. Makariou précise qu’une nouvelle collection va arriver du Musée des Arts Décoratifs, venant s’ajoutant aux pièces déjà conservées.
Nous avons demandé l’avis de Sophie Makariou sur les polémiques au sujet de l’exposition au Louvre où sont exposées des tuiles du mausolée de Selim II qui se trouvaient initialement dans la cour du Musée Sainte-Sophie. Makariou a répondu que : « Le gouvernement français a donné une réponse officielle au gouvernement turc, lequel n’a pas d’autre revendication à ce sujet. A ma connaissance, le problème est résolu. Il se trouve aussi que pendant le tremblement de terre de 1894, Sainte-Sophie était accessible aux réfugiés. Durant le tremblement de terre, bon nombre de pièces ont été volées, mais ceci reste une affaire diplomatique à résoudre au sein des administrations.
Nous avons, par exemple, acheté dernièrement une petite murakka. C’est une pièce ottomane qui se trouve dans la collection française depuis le milieu du 19e siècle. Si vous me dites en tant que représentante du Louvre ‘vous n’avez pas le droit d’acheter cette pièce car c’est une œuvre appartenant à l’art turc et elle doit rester en Turquie’ alors cela signifierait que l’on ne peut trouver les œuvres de l’art ottoman ou des Seldjoukides nulle part en dehors de la Turquie. Ce n’est pas une bonne chose. Le Louvre compte 8,5 millions de visiteurs par année. Nous sommes heureux de pouvoir exposer l’art ottoman à Paris. J’espère que nous pourrons un jour exposer les tableaux français à Istanbul ».
D’un intérêt particulier, la boîte El Mughara se détache de la collection du Louvre par sa singularité. Cette œuvre du 10e siècle façonnée à Cordoba, a été réalisée pour un prince, le fils du khalife Abderrahmane. Avec une hauteur de 16 cm, et construite en ivoire, cette petite boîte est un chef d’œuvre dans le domaine de la sculpture. Cette pièce compte 69 figures humaines et animales, même si l’art islamique est connu pour interdire leur représentation. Cette œuvre, parvenue au musée du Louvre par le biais de la Collection royale, fut achetée en 1898.
Source: zaman