C'est éminemment d'amitié qu'il a été question, l'autre soir, à la cérémonie d'hommage organisée au campus des sciences humaines de l'USJ, pour deux des quatre fondateurs de l'Institut d'études islamo-chrétiennes (IEIC), le P. Dupré La Tour et le Dr Hisham Nashabé.
L'instance académique a vu le jour en 1977 d'une vision partagée de ce que devrait être un dialogue modèle entre chrétiens et musulmans. Aucune décision ne pouvait y être prise sans la réflexion et l'avis de chacun des membres de son conseil.
« L'intuition fondamentale était une approche de l'islam et du christianisme de l'intérieur et selon des règles académiques. Les cours y étaient donnés à deux voix, l'enseignant chrétien et l'enseignant musulman présentant chacun sa propre tradition sur le sujet étudié et écoutant l'autre, en présence d'un public mixte », a précisé le P. Louis Boisset s.j., ancien directeur de cet institut, dans une communication lue par le Pr Henri Awit, vice-recteur de l'USJ aux affaires académiques.
La date de création de l'IEIC n'est pas fortuite. L'institut s'est explicitement situé à contre-courant de la guerre qui avait éclaté en 1975. « « Au départ, précise le P. Boisset, aujourd'hui secrétaire à Rome de la Région européenne de l'ordre des jésuites, ils étaient quatre, le P. Augustin Dupré-Latour, M. Hisham Nashabé, le P. André Scrima et le professeur Ibish, quatre aventuriers partageant le même désir insensé, aux premiers jours de la guerre du Liban, dont le caractère confessionnel s'affichait : permettre aux chrétiens et aux musulmans de mieux connaître réciproquement leurs propres traditions et approfondir ainsi leur foi respective en vue d'anticiper la paix. Il semble bien que les deux témoins que nous honorons aujourd'hui se soient d'abord cherchés sans se connaître, avant que, par quelque médiation providentielle, ils ne prennent contact et associent les deux compagnons qui, depuis, nous ont quittés. »
Ces principes de connaissance mutuelle et d'amitié sont toujours en vigueur, trente-trois ans plus tard. Doyen de la faculté des sciences religieuses de l'USJ, dont relève l'IEIC, le P. Salim Daccache les a rappelés lors de la cérémonie d'hommage :
« Nous rendons hommage au père Dupré-Latour et au Dr Nashabé parce qu'ils nous ont appris l'amitié fondée sur le respect mutuel, sur la reconnaissance de l'autre et sur le regard porté à l'autre non en tant que menace, mais comme une source d'amour et de richesse (...). Cette amitié, dans sa spontanéité, était due et nécessaire en pleine guerre, au moment où les coups de canon démolissaient les maisons et tuaient les gens. »
La cérémonie, présentée par Rita Ayoub, fut aussi marquée par les interventions de Juliette Haddad, d'Ahyaf Sinno, vice-recteur de l'USJ pour les études arabes et islamiques, ainsi que des deux personnes honorées.
Dans un hommage au P. André Scrima, le P. Dupré-Latour, dont la pensée se situe dans le prolongement des perspectives tracées par Louis Massignon et Abed el-Jalil, devait déclarer : « L'idée première vint d'un homme doté de sagesse, mais qui se lança dans une entreprise qui dépassait le possible (...). Mais en fin de compte, il semble bien que, dans la vie, seules les entreprises impossibles réussissent. »
Source: lorientlejour