Mohamad Bahrami, chercheur au centre de recherches culturelles et islamiques de Qom, et auteur d'un article sur la méthodologie du commentaire Al Kashef, a déclaré qu'une des particularités de ce commentaire de l'Allameh Moqnia publié en sept volumes en 1968 et republié plusieurs fois depuis, était sa concision.
"L'Allameh Moqnia a évité de nombreuses questions qui se trouvent dans les livres spécialisés de jurisprudence et de philosophie, et s'est contenté de citer ces références. Il a aussi évité de donner des avis personnels dans son commentaire comme nous le voyons au verset 96 de la sourate Al Imran, «إِنَّ أَوَّلَ بَیْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِی بِبَكَّةَ مُبَارَكًا وَهُدًى لِّلْعَالَمِينَ»
où il fait référence aux nombreux discours des commentateurs sur la Kaaba et se demande si ces discussions sont nécessaires et quels ont été leurs résultats.
Ce commentaire qui est le dernier ouvrage de l'Allameh Moqnia, a été rédigé au moment des guerres civiles au Liban et du conflit entre les Arabes et le régime sioniste. Ce contexte politique et social a eu une grande influence sur son travail de commentaire et de nombreuses parties concernent les complots d'Israël pour défigurer l'islam et les enseignements du Coran. Il dénonce aussi le massacre des femmes et des enfants pendant la guerre de 1967, et préfère la mort dans la défense de la patrie à une vie de soumission et de compromis.
Ses dénonciations des crimes du peuple d'Israël ont contribué à la rédaction d'un livre sur "Israël et le Coran" qui est une étude du commentaire Al Kashef. Cette étude montre que l'Allameh Moqnia a évité de rappeler les avis des autres commentateurs et surtout les hadiths qu'il qualifie "d'israéliennes" qui sont selon lui, "des légendes et des amas de mensonges".
Dans le commentaire du verset 102 de la sourate Baghare, «وَاتَّبَعُواْ مَا تَتْلُواْ الشَّیَاطِينُ عَلَى مُلْكِ سُلَیْمَانَ وَمَا كَفَرَ سُلَیْمَانُ وَلَكِنَّ الشَّیْاطِينَ كَفَرُواْ», il écrit : "Les commentateurs se sont largement déployés sur ce sujet sans apporter de preuves ou en s'appuyant sur ces hadiths qui n'ont aucune preuve rationnelle ou textuelle.
Dans son commentaire du verset 35 de la sourate Baghare «وَقُلْنَا یَا آدَمُ اسْكُنْ أَنتَ وَزَوْجُكَ الْجَنَّةَ وَكُلاَ مِنْهَا رَغَدًا حَیْثُ شِئْتُمَا وَلاَ تَقْرَبَا هَذِهِ الشَّجَرَةَ فَتَكُونَا مِنَ الْظَّالِمِينَ».
il précise que les idées des commentateurs sur le Paradis et Adam (AS), s'inspirent de ces faux hadiths tirés des traditions juives, et que ni le Coran ni le Prophète (AS) n'ont fait allusion au lieu et aux détails de ce récit.
De nombreuses discussions du commentaire Al Kashef, sont des commentaires lexicaux inspirés des commentaires Majma-ol-bayan, Al Keshaf et Bahr-ol-Mohit, de Tabaressi, Tabari et Razi, et des revayats, suivis d'une courte interprétation.
Certains commentateurs ont été influencés par le contexte de leur époque, par exemple le commentaire Al Keshaf est un commentaire littéraire, le commentaire Al Kabir est un commentaire philosophique, et le commentaire Al Javaher de Tantawi est un commentaire scientifique. L'Allameh Moqnia a évité des références à certains commentateurs qui lui semblaient peu fiables. Dans le commentaire du verset 155 de la sourate Ahraf «وَاخْتَارَ مُوسَى قَوْمَهُ سَبْعِينَ رَجُلًا لِّمِيقَاتِنَا»
il écrit : "Les commentateurs se sont largement déployés sur ces sujets et les 70 hommes qui accompagnaient Moïse (AS), et ont des avis très différents". Ses doutes concernent aussi les différentes interprétations des commentateurs sur le verset 100 de la sourate Anham «وَجَعَلُواْ لِلّهِ شُرَكَاء الْجِنَّ وَخَلَقَهُمْ وَخَرَقُواْ لَهُ بَنِينَ وَبَنَاتٍ بِغَیْرِ عِلْمٍ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى عَمَّا یَصِفُونَ».
Un point important dans la méthodologie du commentaire Al Kashef, est l'absence de références aux anciens commentaires qui se sont déployés sur des questions à son avis, inutiles et non scientifiques, sur le choix des termes coraniques. "Ces questions les intéressaient car à cette époque, la religion et ses principes n'étaient pas attaqués comme ils le sont aujourd'hui", explique-t-il dans la préface du commentaire.
L'Allameh a aussi évité certaines questions qui à son avis, ne font pas partie du commentaire, par exemple dans son commentaire des versets 84 à 90 de la sourate Anham, il écrit : " Ces sept versets et la présentation des prophètes ont pour but de montrer que le Prophète devait les suivre et que les descendants d'Abraham (AS) en grande partie étaient monothéistes. Le sens est très clair et n'a pas besoin d'explication supplémentaires. Certains commentateurs ont fait des commentaires très larges de ces versets et sont parfois sortis du domaine du commentaire et des questions de la vie quotidienne".
Dans le commentaire du verset 97 de la sourate Al Imran, «وَلِلّهِ عَلَى النَّاسِ حِجُّ الْبَیْتِ», il renvoie les lecteurs aux livres de jurisprudence et pour le verset 14 de la sourate Ma'ede «فَنَسُواْ حَظًّا مِّمَّا ذُكِّرُواْ..» après quelques explication sur la falsification des textes sacrés, à d'autres livres comme "la grande encyclopédie française" ou au commentaire Al Manar.
L'Allameh Moqnia était opposé à certains avis sur les relations entre les versets, au sujet du verset 130 de la sourate Al Imran «یَا أَیُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَأْكُلُواْ الرِّبَا أَضْعَافًا مُّضَاعَفَةً وَاتَّقُواْ اللّهَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ»
il écrit : "les commentateurs ont tenté de prouver qu'il existe une relation entre ce verset et le verset précédent alors que les différentes règles religieuses ont parfois été révélées en bloc et que le Coran a été révélé de façon progressive".
L'article de Mohamad Bahrami sur la méthodologie du commentaire Al Kashef, a été publié en 2001, dans le numéro 27 de la Revue de recherches coraniques du centre de Qom. Il est aussi l'auteur d'autres articles sur "le Coran et la liberté selon le martyr Motahhari", "les sciences coraniques selon l'imam Khomeiny", "les tendances religieuses de l'auteur du commentaire "Mafati-ol-Asrar", "l'Imam Ali (AS) et l'humanisme coranique", "le Coran et le féminisme", "les faiblesses des commentaires coraniques contemporains", "les Khavarejs et le Coran" et "le Coran et les droits de l'homme".
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