Seyed Sadegh Tabataba'i, neveu de l'imam Moussa Sadr et professeur d'université à Aachen en Allemagne, dans un entretien avec l'Agence Internationale de Presse Coranique(IQNA), a déclaré que Moussa Sadr avait été le premier qui avait invité les Palestiniens à se rassembler dans le cadre d'associations pour la défense des droits du peuple de Palestine.
"La création du Fatah avait été réalisée grâce à Moussa Sadr. Avant cela, les chiites libanais avaient organisé de nombreuses actions en Palestine, qui étaient présentées comme des actions palestiniennes pour encourager les Palestiniens à la résistance et empêcher des représailles israéliennes.
Mais en 1966, lors d'une visite de Moussa Sadr aux responsables palestiniens, il a critiqué l'Egypte et la Jordanie qui profitaient du nom de la Palestine pour rassembler des fonds et des aides internationales alors que ces pays ne faisaient rien pour aider les Palestiniens. L'imam Moussa Sadr leur avait expliqué que cela ne servait à rien et qu'il fallait que les Palestiniens aient des représentations officielles. C'est donc sur ce conseil, que fut créé le Mouvement de libération de la Palestine en 1966. En 1975, Mostafa Chamran organisa une fête au Liban, pour célébrer les dix années de ce mouvement, où l'imam Moussa Sadr fit un discours en commençant par le verset 42 de la sourate Anfal :
وَلَوْ تَوَاعَدتَّمْ لاَخْتَلَفْتُمْ فِی الْمِيعَادِ وَلَكِن لِّیَقْضِیَ اللّهُ أَمْرًا كَانَ مَفْعُولا ... et a expliqué le commentaire de ce verset. L'imam Moussa Sadr avait une capacité spéciale d'interprétation des versets coraniques et même de la bible et de l'évangile. Les premiers groupes du mouvement Amal avaient suivi un entrainement militaire dans un camp qu'ils avaient installé dans la montagne.
Le dernier jour de cette formation, avec Moussa Sadr et le docteur Chamran, nous nous sommes rendus dans ce camp pour assister à une manœuvre. Le lendemain, un des dirigeants palestiniens, abou Za'im, est venu chercher l'imam Moussa Sadr en disant qu'il devait les aider car un jeune palestinien avait tué une fille chrétienne à Trablos. La famille de cette jeune fille avait pris en otage de nombreux Palestiniens qu'ils ne relâcheraient qu'en échange de l'assassin.
L'imam Moussa Sadr dit au Docteur Chamran d'annuler les programmes et demanda à Abou Za'im s'il connaissait le coupable. Il répondit qu'il pouvait le trouver, l'imam Moussa Sadr lui ordonna de le trouver le plus vite possible et dit au cheikh Mohamad Yaghub qui était Porte-parole du Parlement, de se rendre auprès de la famille de la victime. Moussa Sadr déclara que les programmes étaient annulés et que pendant les deux ou trois heures qu'il avait, il irait à la bibliothèque pour préparer le discours qu'il devait faire la semaine suivante à l'ouverture de l'université.
J'étais vraiment étonné par cette présence d'esprit dans ce moment difficile. L'imam Moussa Sadr était toujours très calme. Deux heures plus tard, Abou Za'im est revenu avec le coupable, l'imam Moussa Sadr a été surpris car il ne pouvait pas les rencontrer dans la bibliothèque et avait dit à la famille que le coupable était aux mains d'Abou Za'im. Cependant il est descendu en souriant et a dit : "Vous auriez dû me prévenir que vous veniez ici", puis il a téléphoné à Mohamad Yaghub et lui a dit d'aller chez la famille de la victime pour qu'ils libèrent les otages.
Il a aussi prévenu qu'il participerait aux funérailles. Moins d'une demi-heure plus tard, la famille a libéré les otages. Cette famille de chrétiens sur une parole de l'imam Mousa Sadr, avait libéré les otages, cela montre le prestige de Moussa Sadr. Le lendemain nous sommes allés à l'enterrement. Le prêtre récitait l'évangile et les gens se dirigeaient vers le cimetière. Autour du tombeau des paniers avaient été installés avec de la terre et des fleurs, les gens passaient et jetaient une poignée de terre et une fleur dans la tombe. L'imam Moussa Sadr a fait de même et a pris la parole. Le docteur Chamran faisait des photos et pleurait, j'ai senti que les gens et les parents de la jeune fille se calmaient peu à peu.
Après quelques minutes, l'imam Moussa Sadr est descendu du tas de terre, un grand silence régnait. Les parents ont échangé quelques paroles puis le père de la jeune fille a pris la main de Moussa Sadr et a dit : "Mollana, la mère de cette fille a pardonné l'assassin à cause de ce que tu as dit. Emmène-le où tu veux et fais ce que tu veux de lui. Nous avons décidé de suivre ce que tu nous as enseigné au sujet de Jésus et avons décidé de ne pas nous venger". J'ai alors demandé à Chamran ce qu'avait dit Moussa Sadr, il m'a répondu qu'il avait raconté deux récits sur les apôtres et sur la bonté de Jésus (AS) ".
L'imam Moussa Sadr avait aussi organisé des cours islamiques et des cours de Coran pour le mouvement Amal, et des commentaires coraniques à la radio pendant le mois de Ramadan. En 1959, lors de son arrivée au Liban, il créa un centre social ou les chrétiens, les chiites et les sunnites se côtoyaient et discutaient en dehors de tous préjugés politiques et avant l'apparition de toutes les organisations de dialogue interreligieux, dans le monde. L'imam Moussa Sadr discutait avec tous les groupes en fonction de leur propre idéologique et connaissait très bien les saintes écritures", a-t-il dit.
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