Ce n’est donc pas sans raison majeure que la chaîne de télévision Canal Algérie a confié à la journaliste, Radia Boulmaali, le soin d’effectuer un reportage en Autriche sur le sujet, ce qui peut s’apparenter à un cas unique en Europe occidentale dans la mesure où l’Autriche a accordé aux musulmans vivant dans son territoire le statut de communauté religieuse reconnue. Ce pays a réglementé les libertés religieuses, consacré le droit de donner des leçons d’éducation religieuse dans les écoles publiques.
Des lois protectionnistes sont promulguées en faveur d’une communauté qui avoisine les 6% de la population avec ses 400.000 à 500.000 habitants. C’est ce qui distingue l’Autriche et risque de faire un cas d’école, pour peu que l’on daigne suivre son exemple.
Il faut rappeler que la plupart des émigrés musulmans sont arrivés en Autriche durant les années 1960, provenant principalement de Turquie, de Bosnie Herzégovine, de pays arabes, du Pakistan.
Projeté avant-hier, en public, dans la soirée du jeudi à la salle El Mouggar, en présence de l’ambassadrice d’Autriche à Alger et de Radia Boulmaali, Musulmans au pays de Mozart est un documentaire de 104 minutes, qui fut réalisé en 2011. Il décline une réalité qui peut surprendre en cette époque de convulsions profondes, de méconnaissance profonde de larges franges de la société européenne des fondements d’une religion qui n’a rien à voir avec les clichés et les stéréotypes, les idées reçues, des sons de cloche, colportés de façon rédhibitoire par des cercles aux visées avouées ou inavouées.
Radia Boulmaali s’est donc penchée sur ce sujet d’une réelle acuité, en allant à la rencontre des associations dites de la société civile, d’ hommes du culte, des enseignants universitaires, de simples citoyens pour tenter de comprendre et d’expliquer les ressorts de ce qui risque de créer un modèle de conduite à tenir en matière de coexistence pacifique des cultes, de tolérance religieuse et d’intégration citoyenne dans un pays qui ne découvre pas brutalement le pluralisme des confessions, des cultures et des langues, dans la mesure où l’Autriche fut à une certaine période de son histoire, un empire.
Le travail offre la possibilité de réfléchir sur un état d’esprit, une attitude et une politique des pouvoirs publics en Autriche sur ce qu’il convient très lucidement, d’adopter sans arrière-pensée, sans calcul et sans a priori, pour assurer autant que faire se peut, une coexistence paisible, dans le respect des lois et de la paix civile.
Bien évidemment, les Autrichiens vivent les soubresauts de ce qui se passe ailleurs, dans des pays où des musulmans vivent, travaillent, notamment en France avec l’affaire du foulard islamique et la loi de 2004 sur les signes religieux supposés ostentatoires, dans les écoles publiques, l’attentat de 2001 aux Etats-Unis, l’affaire des minarets en Suisse suscitée par le droite populiste. L’Autriche assiste à la montée en puissance du Fpo, un parti d’extrême droite, conduit par un certain Heinz Christian Strache qui mène une campagne xénophobe et qui n’a pas hésité à manifester contre l’agrandissement d’un centre islamique à Vienne.
Le documentaire aborde tous ces aspects, laissant transparaître en filigrane, les problèmes induits par une catégorie de la société autrichienne, rétive et fermement opposée à cette politique qu’elle considère comme dangereuse pour la cohésion du pays.
En définitive, le travail de Radia Boulmaali n’occulte pas les difficultés qui continuent à se poser en obstacle à un processus d’intégration en progrès constant. C’est en cela qu’il gagne en crédibilité et en intérêt.
Rappelons que ce documentaire a été projeté dans le cadre de la manifestation «Tlemcen capitale de la culture islamique, 2011». Il est diffusé pour la première fois à Alger.
Source: elmoudjahid