En Birmanie, un quartier rohingya réduit en cendres

12:24 - August 17, 2012
Code de l'info: 2394823
Sittwe(IQNA)- A Sittwe, capitale de l’Etat Rakhine et théâtre de violences intercommunautaires, des journalistes britanniques ont découvert le plus gros quartier musulman entièrement détruit.
Depuis l’irruption de violences dans l’ouest de la Birmanie fin mai et l’instauration de l’état d’urgence, les journalistes sont interdits de se rendre sur place. Malgré cela, une équipe de la chaine de télévision Channel 4 News y est parvenue. Et les images qu’elle a rapportées sont édifiantes.
A Sittwe, le quartier de Narzi abritait jusqu’à peu quelque 10.000 habitants. Le quartier était connu pour être celui des Rohingyas. «A la place, vous découvrez un monde post-apocalyptique de décombres et de troncs d’arbres calcinés», racontent les journalistes. N’ayant d’autre choix que de prendre la fuite, les résidents auraient eux-mêmes mis feu à leurs maisons, explique un homme devant la caméra.
Le Haut commissariat aux réfugiés estime à 80.000 le nombre de réfugiés depuis deux mois et les chiffres officiels font état de 80 morts. Pour rétablir l’ordre dans la région, les troupes envoyées en renfort auraient mis en œuvre les ordres de stricte séparation entre bouddhistes et musulmans, affirme toujours Channel 4 News. 60.000 Rohingyas auraient ainsi été chassés hors de ville et «relogés» dans des camps. Les journalistes ont également réussi à s’y rendre. Ils parlent de conditions «désespérées».
Le sort actuel des Rohingyas, parias en Birmanie depuis de longues années, a commencé à mobiliser l’attention internationale. Le président Thein Sein, qui a lui-même déclaré ne pas vouloir des Rohingyas dans le pays, a fini par accepter la médiation et l’aide de pays musulmans. Le ministre turc des Affaires étrangères a conduit la semaine dernière une délégation de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) dans le pays, y compris dans l’Etat Rakhine.
A l’issue de la visite, l’OCI a dit avoir reçu le feu vert de Naypyidaw pour porter assistance aux déplacés. Dès le 11 août, l’Arabie saoudite a annoncé débloquer 50 millions de dollars d’aide. Et, le 16 août, le sommet islamique, réunion des 57 membres de l’OCI, a décidé de porter l’affaire devant l’Assemblée générale des Nations unies.
En Asie aussi, les condamnations de la politique des autorités birmanes se sont multipliées. En Indonésie, des religieux radicaux avaient appelé au jihad contre la Birmanie. Plus récemment, en Malaisie, le Dr Mahathir Mohammad, ancien Premier ministre, a écrit à Aung San Suu Kyi pour lui exposer sa position que le New Straits Times a recueillie : «Nous ne disons pas que nous haïssons le Myanmar.
Nous avons simplement le sentiment qu’il existe de meilleurs moyens pour exprimer son désaccord que de tuer des Rohingyas. Le Myanmar devrait envisager d’autoriser les Rohingyas de vivre comme des citoyens.» Mais à ceux qui prônent l’exclusion de la Birmanie de l’Asean, le Dr Mahathir qu’il est encore prématuré pour prendre une telle décision et qu’il faut s’efforcer de convaincre les autorités de changer.
Source: asie-info
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