Un Egyptien chrétien accusé d'avoir publié sur Internet des extraits du film islamophobe "L'Innocence des musulmans", qui avait provoqué la colère dans le monde musulman, a été condamné, mercredi 12 décembre, à trois ans de prison par un tribunal de la banlieue du Caire. Albert Saber, 27 ans, a été condamné pour "dénigrement des religions", ont indiqué une source judiciaire et l'agence officielle d'information MENA. Il était inculpé de blasphème, d'insulte à la religion et d'incitation à la sédition dans des publications sur Internet, et risquait jusqu'à cinq ans de détention.
Le jeune homme, de confession copte, s'était déclaré innocent à l'ouverture de son procès, le 26 septembre, et avait accusé les autorités de l'avoir questionné sur sa foi durant les interrogatoires. "Je n'ai rien fait de ce dont ils m'accusent", a-t-il dit à l'époque à l'AFP. "L'enquête était religieuse (...) On m'a demandé si je croyais au Coran et [on m'a posé des questions] sur ma religion", avait-il ajouté.
DÉNONCIATION DES VOISINS
Des voisins avaient alerté les autorités, affirmant qu'il avait publié sur Internet des extraits de "L'Innocence des musulmans", un brûlot à petit budget qui dépeint le prophète Mahomet comme un voyou aux pratiques déviantes et a provoqué en septembre des réactions violentes dans plusieurs pays musulmans. Albert Saber avait été arrêté à son domicile du Caire le 13 septembre et placé en détention. Son avocat avait affirmé que son client avait lancé des débats sur la religion sur Internet et "critiqué les religieux fondamentalistes". Albert Saber avait accusé les autorités de se servir de ce procès pour calmer la colère de la population, en grande majorité musulmane, contre ce film.
VERDICT "SCANDALEUX" POUR AMNESTY INTERNATIONAL
L'affaire a provoqué l'inquiétude d'organisations de défense des droits de l'homme et fait craindre pour la liberté d'expression sous la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi. L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a qualifié le verdict de "scandaleux". "Son seul 'crime' a été de diffuser son opinion sur Internet", a déclaré dans un communiqué Hassiba Hadj Sahraoui, responsable d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
Les coptes critiquent les autorités égyptiennes pour ce qu'ils qualifient de "deux poids deux mesures" lorsqu'il s'agit d'affaires de blasphème et d'insulte à la religion. Le 28 novembre, un tribunal du Caire a condamné à mort par contumace sept chrétiens coptes égyptiens et un pasteur américain controversé pour leur implication dans ce film. Les chrétiens égyptiens, dont le réalisateur du film, se trouvent tous aux Etats-Unis, ainsi que le pasteur américain Terry Jones, à la tête d'une petite congrégation en Floride. Les tribunaux égyptiens condamnent habituellement à la peine maximum, l'exécution dans le cas où le blasphème a été reconnu, puis transmettent leur décision au mufti qui donne son approbation.
Source: lemonde