Dans son enquête intitulé "France 2013 : Nouvelles fractures", l'institut de sondage Ipsos s'est penché sur les crispations qui traversent actuellement la société française, interrogeant 1016 personnes sur les médias, la vie politique, l'Europe et les religions notamment. Sur ce dernier point, les résultats traduisent un rejet inquiétant de la figure de l'étranger et des musulmans.
Ainsi, 70% des personnes interrogées partagent l'idée qu'"il y a trop d'étrangers en France", 57% estiment que "le racisme anti-blanc est assez répandu" dans l'Hexagone, 74% jugent que l'Islam n'est pas une religion tolérante et qu'elle "cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres" selon 80% des sondés. Des proportions très importantes qui interpellent. Brise Teinturier analyse ces résultats pour Metro.
74% des Français jugent que l'Islam est une religion intolérante. Comment l'expliquer ?
Tout d'abord, par les images que les médias donnent à voir aux Français de l'Islam : celles de segments extrémistes - les intégristes qui veulent imposer la charia au Mali par exemple - qui ne sont pas forcément représentatifs. On parle beaucoup moins de l'immense majorité des musulmans qui sont bien intégrés. De plus, peu de voix se font entendre chez les politiques pour parler de la réalité de cet Islam modéré. On en entend beaucoup plus en revanche, au Front national et à droite maintenant, qui font de l'étranger, et a fortiori du musulman, une figure du rejet de l'extérieur très forte. Enfin, il faut souligner que cette absence de contre-discours vient aussi de la faiblesse évidente des organisations musulmanes dans leur représentation.
Pourquoi ce rejet se focalise-t-il sur l'Islam ?
Il faut replacer ces résultats dans un contexte plus large. Un sentiment de "déclinisme" domine actuellement notre pays : sentiment du déclin de la France, inquiétude de plus en plus forte face à la mondialisation... Un climat qui conduit à une amplification des clivages. Cette défiance généralisée conduit à un réflexe de protection qui lui même engendre une position de fermeture face à l'Europe, face à la mondialisation et plus globalement face à l'extérieur. Ce rejet de l'Islam de plus en plus fort s'inscrit dans cette dynamique. Et puis face à l'augmentation de la communauté musulmane en France, on voit davantage de musulmans et plus de lieux de culte, conduisant à une crispation identitaire. Crispation qui est l'élément majeur de cette enquête et dont l'Islam est le réceptacle. On le voit dans les 62% de sondés qui ne se sentent plus chez eux en France.
Cela traduit-il une montée du populisme ?
Tous les ingrédients d'un populisme grandissant sont réunis. Le clivage avec l'extérieur considéré comme menaçant, le discours incriminant les médias (qui "ne sont pas indépendants" pour 73%, ndlr), la critique des politiques et dans le même temps une demande d'autorité plus forte (87% réclament un "vrai chef", ndlr). Il ne s'agit plus simplement de pessimisme ou de défiance mais d'une ferme hostilité qui est en train de s'amplifier. On peut parler d' "altérophobie" : la peur de l'autre. Elle est particulièrement visible dans les 78% de personnes interrogées qui estiment qu'"on n'est jamais trop prudent quand on a affaire aux autres".
Source: metrofrance