Dans une interview accordée à l’Agence Internationale de Presse Coranique, ‘’Ian Mansour de Grange’’, penseur musulman et ressortissant français résidant en Mauritanie, a donné son point de vue sur la Diplomatie de l’Union, présentée par le Guide suprême de la Révolution islamique d’Iran.
- Comment la communauté musulmane peut-elle arriver à l’Union Islamique ?
S’il ne s’agissait que de la communauté musulmane, la réponse à votre question serait assez simple, en dépit de la complexité de sa mise en œuvre : reconstruire, localement, partout où cohabitent au moins trois musulmans, des relations de proximité fortes, nanties de pouvoirs de décision adéquats – la gestion du quotidien – et construire, à partir de cette base, un système graduel et participatif de gestion du long terme et du lointain, où toutes les particularités puissent s’exprimer, en fonction de leur poids (démographique, moral, spirituel, etc.)… Mais, aujourd’hui, l’existence d’Etats nationaux et de groupes internationaux d’influence, tous dominés par la « chose marchande », complique singulièrement les choses…
- Quelles sont les caractéristiques de l’Union Islamique ?
L’utilisation de l’adjectif « islamique » a ceci d’équivoque qu’il peut laisser croire que cette Union ne vise que les musulmans. Or, le projet que Dieu nous a confié, par son dernier prophète, notre bien aimé Mohammed – Paix et Bénédictions sur Lui (PBL) – concerne tous les humains. L’islam est la réunion des divisés. Une réunion tranquille, progressive, mesurée, suscitant l’adhésion des consciences avant celle des espaces, préférant toujours la patience et la négociation, à la colère et l’effusion de sang. Une réunion construite au plus près des gens, de leur quotidien, de leur environnement immédiat. Une réunion entre les humains mais, aussi, entre eux et toute la Création Divine, la Nature qui les habite et les environne, une réunion avec leur « milieu » – au centre, donc, et au dehors de chacun de nous – où scintille, partout, le même câble invisible, l’Alif Divin…
- Quel est le rôle des intellectuels et des oulémas du monde musulman dans l’application de la stratégie de l’Union ?
Tout d’abord, dans la promotion de relations de voisinage réellement islamiques. Ce n’est pas peu et je me contenterai, ici, de rappeler que « le polythéiste a au moins un droit : celui du voisin » (hadith du prophète – PBL – rapporté par Al Bazzar). Et de noter que le prophète (PBL) a déterminé ce droit en n’imposant des devoirs qu’au musulman, réduisant ceux des non-musulmans à la seule non-agression. C’est dire combien le rôle du musulman est grand, dans la cité. Et promouvoir cette responsabilité, c’est, avant tout, s’y conformer soi-même. A cet égard, c’est bien d’abord aux élites de montrer l’exemple, de démontrer, dans leurs comportements quotidiens, ce que le projet islamique de société contient d’humanité, de souplesse et d’efficacité sociale. Des actes, avant tout ; les bla-bla, plus tard.
Ce n’est qu’une fois cette fondation vulgarisée et dotée, comme je l’ai dit tantôt, de moyens, qu’il devient possible de construire des étages supérieurs d’organisation sociale, où hommes et femmes de haute valeur morale, intellectuelle, technique, juridique, etc., auront à discuter de projets plus globaux.
- Pourquoi les Sionistes ont-ils peur de l’union des musulmans ?
Les Sionistes – j’entends, par là, les habitants et sympathisants de « la Sionie », cette monstrueuse caricature du doux prophète Yakoub Israël (PBL) – n’ont jamais prospéré et ne prospèrent que sur la division des nations. Tout ce qui vise à réunir celles-ci est un danger pour ceux-là. Et, au plus haut point, le projet de l’Union Islamique, parce qu’il entend commencer par unir les gens dans leur quotidien, leur environnement immédiat. Une action en profondeur, durable, à l’échelle des siècles…
- Quelles sont les lacunes qui existent dans le monde contemporain pour arriver à l’union ?
Il existe plusieurs projets d’Union Islamique. En quoi celui promu par la RIA est-il compatible, par exemple, avec le « turco-islamique » ? Tant qu’on restera sur des positions centralistes et hégémonistes – du califat Ommeyade à l’empire Ottoman, ce fut, hélas, une constante, variablement nuancée, au demeurant – la recomposition effective et durable de l’Umma est impossible. Entre les « solidarités de proximité » – les assemblées de quartier où tous les habitants, sans distinction de religion, de nationalité ou de sexe, doivent avoir, partout sur la planète Terre, droit d’action et de parole, en fonction des devoirs que chacun assume, librement – et l’Organisation Mondiale des Peuples et Nations, sous la présidence apaisante du Mahdi (PBL), il s’agit de relativiser le nombre et le poids des puissants intérêts, nationaux et internationaux, qui se disputent une hégémonie sans lendemain.
Cette relativisation commence en chacun de nous. Déconsommons. Ne laissons pas les objets et les produits de la société mercantile envahir démesurément notre espace quotidien. Ils s’insèrent entre nous, comme des coins de bûcheron, nous séparant en préoccupations et désirs individués. Préservons toujours du temps quotidien pour vivre avec autrui, partager, accomplir le khalifat que Dieu a confié, à chacun d’entre nous, chacun dans notre environnement. La proximité avec Dieu commence immédiatement, autour de toi-même, dans ton regard, dans ta parole, en chacun de tes gestes.
- Comment la communauté musulmane doit-elle agir devant les blasphèmes à l’encontre de notre prophète (PBL) ?
Calmement et fermement, je l’ai dit ailleurs et le répète ici. En démontrant à l’adversaire – il n’y en a qu’un, en réalité, l’esprit de division et de haine, le Diabolos – que ses propres armes peuvent être utilisées contre lui. En particulier, sa plus visiblement puissante de nos jours : la société de consommation. Le milliard et demi de musulmans constitue une force prodigieuse de consommateurs. Nous devons nous souvenir que la victoire de Mohammed (PBL) fut surtout obtenue par l’asphyxie et le boycott du commerce mecquois. Combien cette stratégie serait-elle, aujourd’hui, payante ! Et pas seulement lors d’épisodiques agressions spectaculaires mais dans le combat – quotidien, encore une fois – contre nos ennemis déclarés et, en particulier, les Sionistes, juifs ou non.
- Est-ce qu’une communauté islamique musulmane peut résister devant les complots des ennemis (problèmes économiques, sociaux, politiques, moraux, etc. ?)
Il ne s’agit de résister mais de vaincre. En commençant par nous soutenir nous-mêmes. En chacun de nous-mêmes, par la foi et la prière, par la limitation de notre consommation individuelle ; entre nous, par les bonnes œuvres, le renforcement de nos liens de proximité ; et au-delà, par une attention participative aux problèmes des non-musulmans, dans une posture de doux médecins.
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