Le président russe Vladimir Poutine a réaffirmé jeudi 25 avril au cours d'une séance de questions-réponses en direct avec la population être opposé à ce que les écolières soient autorisées à porter le voile : « Il n'y a rien de bon dans cela. Il existe bien sûr des particularités nationales dans certaines républiques, mais ce que vous avez évoqué ne constitue pas une telle particularité (...). Même dans les régions musulmanes de notre pays cette tradition n'a jamais été de mise. », a déclaré le chef d'Etat.
Ce que Vladimir Poutine appelle « particularités dans certaines républiques » se réfère sans doute à des régions comme le Daghestan où la majorité des habitants sont musulmans. Une étudiante de l'université de médecine de Krasnoïarsk originaire du Daghestan a récemment été renvoyée de son établissement car elle portait un hijab alors que le règlement intérieur de l'université interdisait le port de signes religieux à l'intérieur de l'établissement. Le Parquet russe était intervenu dans cette affaire et avait déclaré que le règlement intérieur entrait en contradiction avec la loi russe qui garanti le libre exercice des cultes ; à l'instar de l'affaire Baby Loup en France. L'étudiante a été réintégrée, mais elle se rendra en cours sans voile car sa famille avait négocié avec le chef de l'établissement avant que le Parquet ne rende son avis.
Le journal NGR a rappelé que l'idée d'interdire le voile au Daghestan a été abandonnée après deux assassinats de directeurs, partisans de l'interdiction, en 2010 et 2011.
Vers l'interdiction du hijab à l'école publique
Depuis octobre 2012, les débats sur le port du voile islamique dans les écoles et universités russes se multiplient. Le président Vladimir Poutine s'était déjà exprimé au sujet du voile à l'école à ce moment là. C'est un reportage diffusé à la télévision le 15 octobre qui a tout déclenché. Il a été tourné dans une école de Kara-Tioubé, un village situé dans l'extrême sud du pays, où la directrice, Marina Savtchenko, a exclu cinq élèves, âgées de 8 à 12 ans, parce qu'elles portaient le hijab. Les parents des fillettes ont porté plainte, estimant que leur droit à la liberté de religion, inscrit dans la Constitution russe, a été bafoué. Dès le lendemain, hommes politiques de tout rang et responsables religieux se sont relayés devant les micros pour exprimer leurs positions sur ce sujet épineux.
Le 18 octobre, Vladimir Poutine a pris la parole lors d'une rencontre avec les représentants de son parti, en affirmant son attachement au principe de laïcité: « La Russie est un état multiconfessionnel, où s'applique le principe de laïcité: chez nous, l'Église est séparée de l'État. C'est un élément important de notre vie d'aujourd'hui et de demain ». Il a par ailleurs cité l'exemple des pays européens, sous-entendant sans doute la loi française, qui restreint depuis 2004 le port des signes religieux ostensibles à l'école, et s'est prononcé pour la réintroduction de l'uniforme dans toutes les écoles publiques. Finalement, à Kara-Tioubé, une solution temporaire de fichus plus discrets a été trouvée.
Source: fait-religieux