Avant, le plus proche, c'était l'Ile-de-France », explique Abdel-Kalik Kouadria. La cinquantaine passée, cet ancien salarié d'un institut de sondages de Paris a sauté le pas : ouvrir sa propre affaire. Pas n'importe laquelle : des pompes funèbres musulmanes, KL Funéraire. Un double défi pour cet homme. « Cela fait dix ans que j'y réfléchis, raconte-t-il. Mais pour moi, c'était une évidence. » À Creil, sa ville natale qu'il n'a jamais quittée, il a fait un constat : la communauté musulmane ne cesse de croître. « Ils sont de plus en plus nombreux à venir s'installer ici. Sans doute à cause de la flambée des prix des loyers à Paris. »
Pourquoi pas aussi à Beauvais et Noyon ?
Et quand vient l'heure d'un proche, ces musulmans se tournent vers des pompes funèbres qu'ils connaissent. « Mais elles sont toutes dans les grandes villes : Paris, Lille, Marseille..., liste Abdel-Kalik Kouadria. Ils sont nombreux, c'est la bataille là-bas. »
Le chef d'entreprise creillois, lui, joue le jeu de la proximité et de la réactivité. « Dans l'heure qui suit, on est sur place, détaille-t-il. On veut que ce moment se passe bien, selon les rites, mais qu'il se déroule vite aussi. Que la famille puisse passer à autre chose. »
Il a approché les hôpitaux, les mosquées pour faire connaître KL Funéraire. « On se fait connaître par le bouche à oreille, explique-t-il. C'est comme ça que ça marche chez les musulmans. » Son téléphone sonne : un texto l'avertit d’un décès à Creil. « Vous voyez, on se prévient entre nous », souligne Abdel-Kalik Kouadria. Et de sourire : « C'est le téléphone arabe. »
De plus en plus de musulmans se font inhumer en France
Rien de communautariste dans sa démarche, assure-t-il. « Les pompes funèbres classiques ne sont pas contactées par les musulmans. Une question d'habitude. Ils ne savent pas comment s'y prendre avec les rites. » Dans la religion de Mahomet, le défunt est recouvert d’un simple linceul, avant l'intervention d'un religieux pour les prières. Parfois, la dépouille doit être transférée à l'étranger. « Mais de plus en plus de musulmans se font inhumer en France », note le Creillois.
Mis à part la notion religieuse, Abdel-Kalik Kouadria est un entrepreneur en pompes funèbres tout ce qu'il y a de plus classique. Une formation de 200 heures, comprenant gestion administrative, accueil, conseils...
Il s'est rapproché de ses collègues des pompes funèbres de Creil. « Ils m'ont très bien accueilli. Je travaille en relation avec eux », indique-t-il. Son entreprise, KL Funéraire, est aménagée dans les entrepôts de la rue des Usines. Avec un chiffre d'affaires de 6 000 euros, il emploie deux personnes, Hakim Laïb et Saïd Khellaf. « On cherche un local en centre-ville, explique Abdel-Kalik Kouadria. Mais ce n'est pas facile. » Il songe à l'avenir à installer d'autres pompes funèbres musulmanes dans l'Oise, comme à Beauvais ou Noyon. « Ce serait le top ! »
Source: courrier-picard