Mosquée d’Issoudun : une porte ouverte sur le dialogue

9:18 - June 08, 2016
Code de l'info: 3460029
La nouvelle mosquée ouvrait ses portes au public, samedi. Des habitants ont profité de l’invitation pour venir à la rencontre des musulmans.
Huguette marque un moment d'hésitation à l'entrée dans la mosquée. L'idée de piétiner le beau tapis avec ses chaussures la gêne un peu. Amar Sinacer, président de l'association cultuelle des musulmans d'Issoudun, s'empresse de la rassurer avec le sourire : « Allez-y sans souci, Madame. Ce ne sont pas les tapis de la salle de prière, vous n'avez pas à vous déchausser ».
Au premier étage, Huguette retrouve une autre voisine du quartier, Simone, et quelques visiteurs venus, eux aussi, découvrir le nouveau lieu de culte de la communauté musulmane issoldunoise. « C'est la première fois que j'entre dans une mosquée. C'est magnifique. Ils ont bien travaillé, s'émerveille Huguette. En tant que riveraine, j'ai vu le chantier se faire. J'étais curieuse de voir le résultat… et de venir rencontrer les musulmans. Ça fait six ans qu'on se croise mais, finalement, on ne se connaît pas. » 
Échanger, se découvrir, s'ouvrir sur la culture de l'autre, combattre les a priori… tels étaient justement les objectifs de ces portes ouvertes voulues par la communauté. Devant un thé à la menthe et des pâtisseries orientales, le dialogue s'instaure. Les questions sont posées, sans tabou. « Tout à l'heure, un homme m'a demandé s'il devait faire les ablutions avant d'entrer et si sa femme devait se voiler la tête pour visiter la mosquée. C'est vrai qu'en théorie, une musulmane met le voile pour la prière dans un lieu spirituel. Mais on se voyait mal avoir ces exigences pour toutes les femmes aujourd'hui : avec cette journée, on veut transmettre un message de paix et d'ouverture, alors si on commence à mettre des règles strictes… », explique Hasni Seguer, secrétaire de l'association.
" Elle lit la Bible et moi le Coran "
Isabelle, venue spécialement de Tours pour visiter la mosquée, se réjouit de cette initiative de la communauté : « Ce chantier est surtout le symbole d'une formidable aventure humaine. Les gens se sont réunis pendant six ans autour de ce projet commun. Ils offrent un autre visage de la communauté maghrébine qui souffre tellement d'images erronées ». Son père, André Verdeil, acquiesce : « J'ai une profonde admiration pour cet Islam populaire fait d'entraide et d'esprit de camaraderie. Si loin de l'Islam fantasmé, perçu comme dangereux, qu'ont certains. » 
Issu d'une famille protestante, baptisé, André se dit agnostique mais « intellectuellement musulman ». Ancien secrétaire de l'association, il a participé à la construction de cette mosquée et compte venir, de temps en temps, assister à la prière. Il n'est pas pratiquant, ni converti d'ailleurs, mais il cite volontiers les sourates du Coran pour étayer certains de ses propos. « Si je devais choisir une religion, ce serait l'Islam. Je lis le Coran depuis cinquante ans. » André est marié à Suzanne, catholique pratiquante. « Elle lit la Bible, moi le Coran. Et on arrive très bien à dialoguer », sourit le retraité. La famille s'est construite dans cette harmonie interreligieuse. « J'ai demandé ma femme en mariage dans le sud saharien algérien. On s'est marié en France, à l'église. Et chacun de nos enfants porte un deuxième prénom musulman ! »
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