8:21 - December 30, 2019
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Alors que les manifestations contre la loi de citoyenneté votée par le Parlement indien se multiplient depuis deux semaines, neuf ministres et chef d’États de l’Inde sont venus joindre leur voix à la contestation. Parmi eux, Mamata Banerjee, la cheffe du Bengale-Occidental fait figure d’opposant numéro un.
Quelles sont les raisons de la colère ?
Le 11 décembre, le Parlement indien a voté une loi promettant la citoyenneté indienne à tout réfugié d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, à l’exception des seuls ressortissants musulmans. Cette disposition a soulevé l’indignation, tant dans les rangs populaires qu’au sommet des États fédérés de l’Inde. Les ministres en chef de neuf États, sur les 29 qui composent le pays, ont refusé d’appliquer cette loi.
 
Ils ont également fait savoir leur intention d’empêcher la mise en œuvre sur leur territoire de l’actualisation du « registre national des citoyens » (NRC), voulue par le gouvernement. Ce dispositif, que le premier ministre Narendra Modi a pourtant nié, dimanche 23 décembre, vouloir appliquer à l’échelle nationale, cristallise lui aussi les tensions. Il imposerait à chaque résident indien de prouver sa citoyenneté. De nombreux musulmans craignent ainsi d’être déclarés comme étrangers et de perdre leurs droits. En toile de fond, c’est l’idéologie nationaliste hindouiste prônée par le BJP (Bharatiya Janata Party) de Narendra Modi qui est remise en cause.
 
Le soulèvement des neuf États est-il significatif ?
 
« Cette fronde des États contre une mesure votée par l’État central est unique dans l’histoire de l’Inde indépendante », confie Gilles Boquérat, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Parmi les États frondeurs, on compte les puissants États du Rajasthan, du Kerala, du Madhya Pradesh ou encore du Bengale-Occidental, troisième État le plus important au Parlement indien. Ils peuvent saborder la tenue du recensement national sur leur territoire. En revanche, « ils sont obligés d’appliquer la loi sur la citoyenneté, car il s’agit d’une loi fédérale », explique le chercheur.
 
Leur force tient d’avantage à la portée symbolique de leur rébellion qu’à leur pouvoir décisionnaire. L’ampleur de la fronde reste en effet circonscrite. « Le “Citizenship Amendment Act” concerne finalement peu d’États, relève Gilles Boquérat. Ce sont surtout les États frontaliers de ces pays (Afghanistan, Pakistan et Bangladesh), qui sont touchés. » Soit quatre sur les neuf rebelles : le Punjab, le Rajasthan, le Bihar et le Bengale-Occidental. C’est sur ce dernier et sa ministre en chef, Mamata Banerjee, que se tournent désormais tous les regards.
 
Qui est Mamata Banerjee ?
 
Celle qui dirige le Bengale-Occidental depuis 2011 s’est hissée au cours des deux semaines passées comme l’un des porte-étendards de la contestation. Son État, composé à 28 % de musulmans, est directement touché par la loi votée début décembre. Elle réclame la tenue d’un référendum sur la nationalité indienne « sous la supervision des Nations unies ».
 
Au cœur de ce bras de fer se jouent les élections locales de 2021 alors que le Bengale-Occidental est un État convoité par le BJP. « Mamata Banerjee compte sur le soutien électoral des musulmans. Elle se maintient au pouvoir après avoir chassé les communistes du Bengale-Occidental (en 2011, après 34 ans au pouvoir, NDLR) », explique Gilles Boquérat. Pour le parti de Narendra Modi, l’ascension de cette opposante peut se révéler dangereuse dans un pays habitué aux revers électoraux aussi soudains qu’imprévisibles. Le BJP a déjà essuyé cinq revers électoraux depuis un an.
la-croix
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