
Nadine Faro est une musulmane française de 63 ans. Sa mère est Française depuis le15e siècle et son père est d’origine italienne. Elle a reçu une éducation catholique, bien que ses parents ne soient pas pratiquants. A l’âge de 12 ans, elle s’est détachée du catholicisme et finit par se convertir à l’islam en 1982. Elle a trois enfants, une fille et deux garçons.
Nous avons interviewé Mme Faro, à l’occasion de la Journée Mondiale du Hijab, pour savoir plus sur la situation des musulmans portant le voile en France.
Quels sont les défis du port du voile et les stéréotypes auxquels les femmes musulmanes de votre pays sont confrontées pour préserver leur hijab ?
Jusqu'en 1990, il n'était pas trop difficile de porter le hijab, sauf dans les écoles publiques. Puis à partir des années 2000 les interdictions sont devenues de plus en plus grandes, limitant le port du voile chez soi, dans la rue, les lieux de culte et certains bâtiments publics. Obligeant les femmes qui travaillent ou font des études à sortir leur voile au travail ou à l'école ou comme moi en l'adaptant en chapeau ou turbans avec une écharpe autour du cou.
Les islamophobes considèrent le hijab comme un prétexte pour exprimer leur islamophobie. Comment les femmes voilées peuvent-elles faire face à ce phénomène ?
J'habite dans un tout petit village rural dont la population assez âgée montre peu son islamophobie. Dans les collèges et le lycée où vont mes petits enfants il n'y a pas eu trop de problèmes pour l’abaya, cette robe longue qui a fait débat cette année 2023. Mais ceci dit même en milieu rural il y a la chasse aux foulards comme étant l'étendard des femmes musulmanes pour montrer leur foi. Même dans les écoles privées où ma fille dans les années 1990 a pu porter un petit foulard, mes petites filles ne peuvent plus le faire. En France l’islamophobie est de plus en plus importante ne laissant que très peu de marge de manœuvre à nos jeunes femmes qui se battent quand même pour montrer que leur foi est plus forte que les manœuvres discriminatoires qu'elles subissent.
Certains pays de l'Union européenne ont imposé des interdictions strictes sur le niqab et la burqa. Dans quelle mesure ces interdictions sont-elles politiquement motivées ?
La lutte antiterroriste qu'ils ont eux même initiée étant la justification à toutes ces interdictions vestimentaires et autres, je pense que les sœurs se concentrent pour le droit à une couverture plus appropriée aux coutumes européennes pour pouvoir vivre leur vie de tous les jours (écoles, travail, participation sociale) dans nos pays de plus en plus islamophobes.
Que pensez-vous de la double norme de liberté vestimentaire en Occident, où le port de tout type de vêtement devrait être libre, mais le fait de couvrir ses cheveux est souvent interdit dans les environnements professionnels et éducatifs ?
La France est le pays le plus islamophobe de toute l'Europe infligeant à la femme musulmane de plus en plus d'interdits vestimentaires ou intellectuels, l'empêchant de s'exprimer et de se réaliser socialement en accord avec ses principes religieux. Mon avis est qu'ils ont peur de l'islam, surtout les dirigeants qui cautionnent depuis plus de 2 siècles les politiques sionistes des grands groupes financiers internationaux. Sachant que les femmes sont les éducatrices des futures générations, ils veulent les empêcher de transmettre les valeurs qui guideront le monde de demain inchallah.
Comment les femmes musulmanes peuvent-elles faire face à cette discrimination ?
Les musulmanes françaises luttent depuis 25 ans pour le port du voile qui se résumait à l'école publique dans les années 1990 et qui aujourd'hui est interdit dans les administrations et leurs lieux de travail même privé. Face à ces aberrations, leurs marges de manœuvre est faible ne leur laissant que peu de choix : adapter leur couverture ou trouver une école ou un employeur qui l'autorise ou en partant de France ce que font de plus en plus d'universitaires.
Est-ce que la montée du mouvement de défense du hijab sur les réseaux sociaux et la désignation d'une journée mondiale du hijab ont un impact sur le changement de perspective des décideurs politiques en ce qui concerne la levée des restrictions et des interdictions ?
Non, je ne pense pas que cela ait un impact sur nos dirigeants et même sur la population qui n'est pas au courant de cette journée, nos institutions islamiques n'ayant pas relayées l'information ni les réseaux sociaux.
Selon vous, quelle est la mesure la plus importante prise par les institutions islamiques pour défendre le droit de porter des vêtements et le hijab ?
En France les institutions islamiques surtout sunnites sont peu actives malgré quelques actions contre la discrimination au travail et les agressions subies dans la rue ou dans les mosquées qui sont d'ailleurs peu relayées par les médias. Il est communément admis par nos institutions que nos filles et nos femmes couvertes sont diffamées et reléguées à des postes subalternes malgré leurs diplômes et leurs capacités. C'est une lutte individuelle de tous les jours et aucune association n'a le poids nécessaire pour faire plier les dirigeants et renforcer la population qui croit qu’une femme couverte n'est que l'ombre de son père ou de son mari et qu'elle n'a en aucun cas pris sa décision seule en toute conscience.
Par Parvaneh Salehi