Les sanctions anti-américaines atteignent un pic en Europe

15:27 - February 06, 2026
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IQNA-Les politiques jugées excessives de Donald Trump à l’égard de nombreux pays, y compris des alliés européens, ont conduit un nombre croissant de citoyens en Europe à envisager le boycott des produits et services américains. Ce phénomène, autrefois marginal, prend désormais une ampleur notable, notamment au Royaume-Uni.

Selon un article publié dans le journal britannique The Independent par Katie Rosinsky, autrice spécialisée dans la culture et le mode de vie, le boycott des marques américaines devient une forme de protestation pacifique contre les politiques de Donald Trump, en particulier durant son second mandat présidentiel. Elle décrit une évolution des habitudes de consommation quotidiennes, où des gestes ordinaires, acheter une boisson gazeuse ou choisir une destination de voyage, se transforment en actes politiques conscients visant à exercer une pression économique et symbolique.

Rosinsky souligne que des entreprises comme Coca-Cola, Netflix, Google, Apple, Amazon ou McDonald’s ne sont pas seulement de grandes marques américaines : elles font depuis longtemps partie intégrante des modes de consommation quotidiens en Europe et au Royaume-Uni. Toutefois, la fidélité à ces marques ne serait plus aussi forte qu’auparavant. Même si de nombreux Britanniques ne peuvent pas influencer directement la politique américaine, ils peuvent, selon elle, exprimer leur désaccord à travers leurs choix de consommation.

Le reportage inclut les témoignages d’activistes et de citoyens ordinaires. Parmi eux figure Caroline, créatrice de contenu britannique, qui estime que le boycott n’est plus une démarche marginale ou moquée comme par le passé. Selon elle, ce mouvement bénéficie aujourd’hui d’un soutien large, y compris aux États-Unis. Elle affirme : « Même les Américains disent que la meilleure façon de les aider est de boycotter. L’Amérique fonctionne avec l’argent, nous devons donc lui parler dans sa propre langue. »

Caroline explique qu’elle évite activement de soutenir l’économie américaine depuis près de dix ans, après avoir pris conscience de ce qu’elle décrit comme la nature de « l’impérialisme, du capitalisme et des géants commerciaux » ainsi que du rôle dominant des États-Unis dans l’économie mondiale. Elle précise cependant qu’un changement notable s’est produit récemment dans les attitudes des consommateurs européens.

Autrefois critiquée ou ridiculisée lorsqu’elle exprimait ses positions en ligne, elle a constaté un soutien massif après avoir publié au début du mois une vidéo TikTok expliquant comment boycotter les États-Unis. La vidéo est devenue virale, et la majorité des réactions, y compris venant d’Américains, étaient favorables.

L’article évoque également une affaire qui a provoqué une forte réaction émotionnelle : celle de Liam Coenjo Ramos, un enfant arrêté avec son père, migrant équatorien en situation irrégulière, par les autorités américaines de l’immigration. Pour de nombreuses personnes, cet épisode a constitué un tournant. Sally, travailleuse sociale britannique, explique que cet événement a poussé sa famille à prendre des décisions concrètes, notamment le boycott de grandes marques américaines et l’arrêt de leurs voyages aux États-Unis.

Elle précise que sa famille dépensait auparavant environ 5 000 livres sterling par voyage aux États-Unis. Désormais, ces dépenses sont réorientées vers d’autres destinations, dans l’espoir que l’effet cumulé de milliers de décisions similaires puisse avoir un impact.

D’un point de vue académique, Matthew Moughfi Ashton, maître de conférences en politique et médias à l’université Nottingham Trent, observe que depuis le retour de Trump au pouvoir en janvier de l’année précédente, une série d’événements a incité certains Britanniques à reconsidérer leur manière de dépenser leur argent. Selon lui, compte tenu de la taille de l’économie américaine, ces boycotts ont une portée économique limitée. Leur importance réside plutôt dans leur dimension symbolique et politique.

Il estime que plusieurs déclarations controversées de Trump, qu’il s’agisse de politiques tarifaires ou de propos sur l’OTAN, ont constitué des « points de bascule » qui ont amené même des alliés traditionnels des États-Unis à revoir leurs choix de consommation.

Le rapport de The Independent mentionne également des situations similaires dans d’autres pays. Au Canada et au Danemark, les politiques et déclarations de Trump auraient entraîné une baisse marquée du tourisme vers les États-Unis et des ventes de produits américains. Au Canada, le nombre de voyageurs se rendant aux États-Unis aurait chuté de 22 % en neuf mois, tandis que les ventes de vin américain auraient diminué de 91 %. Au Danemark, une application appelée « Non-American » s’est hissée en tête des téléchargements, illustrant la montée de boycotts organisés.

Malgré les doutes quant à l’efficacité de boycotts individuels face à la puissance de l’économie américaine, l’article fait référence à la « règle des 3,5 % », issue de recherches menées à l’université Harvard. Cette théorie suggère que la mobilisation active de 3,5 % de la population pourrait suffire à provoquer un changement politique significatif.

Le rapport souligne néanmoins qu’une rupture totale avec la technologie américaine reste difficile. En revanche, le secteur du tourisme apparaît comme un point vulnérable. Des estimations prévoient que les États-Unis pourraient perdre jusqu’à 12,5 milliards de dollars de recettes issues du tourisme international d’ici 2025.
L’article se conclut par une citation de Caroline, qui résume l’esprit du mouvement : « Une seule personne qui applique un boycott total n’aura pas beaucoup d’effet. Mais si nous sommes nombreux à réduire collectivement, même partiellement, notre consommation de produits américains, cela peut devenir influent. »

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