Tunisie : Abdelfattah Mourou appelle à rectifier la compréhension de l’Islam

11:26 - December 11, 2013
Code de l'info: 1337193
Tunis(IQNA)- Le Centre d’Etudes Islam et Démocratie a organisé ce matin, une conférence à l’occasion de la journée mondiale des Droits de l’Homme, célébrée le 10 décembre de chaque année.

Sous le thème : « Les libertés, les droits de l’Homme et la lutte contre la violence dans l’Islam », ce rendez-vous a réuni des universitaires et intellectuels tunisiens, sociologues, politiciens et chercheurs, dont Abdelfattah Mourou, avocat et membre fondateur du mouvement Ennahdha qui a parlé du rapport de la religion à la violence. 

« L’islam est basé sur le principe de consultation « la Choura », et la première fois qu’elle fût appliquée, elle l'a été par Dieu lui-même qui s’est réuni avec les Anges et Satan…Et les anges s’opposaient à certaines décisions, et cette opposition émanait de leur ignorance, et quand ils s’opposaient, Dieu le tout puissant ne les punissait pas mais les éclairait…même celui qui a refusé de se plier aux ordres de Dieu, il ne lui a pas ôté la vie, mais lui a laissé la liberté de choisir », a dit Mourou, en parlant de la relation du citoyen à la religion, et du phénomène de violence naissant au nom de la religion.  

Mourou a expliqué que l’Islam est arrivé avec le principe « d’application de la Charia», et c’est le principe d’unir tout une population autour d’une seule loi, contrairement à la loi des tribus et des castes qui se pratiquait lors de la venue de l’Islam en terre d’Arabie. 

« Le pouvoir en islam est basé sur la Choura, et le respect de la loi, qui était à ce moment là, la Charia…qui est la suprématie de la loi, c’est aussi respecter le feu rouge, et ne pas ouvrir de fenêtre donnant directement sur la maison de son voisin… La Charia c’est le civisme », a-t-il déclaré.  

Si l’islam a appelé à la tenue de la prière de groupe le vendredi,  c’est pour appeler à l’unité d’un peuple civilisé répondant à un seul gouvernant, et à une loi unique qui s’applique à tous de manière équitable, dira Abdelfattah Mourou.
Certains courants radicaux prônent le retour de la gouvernance à la manière des Etats Abbasside et Omeyyade «sans même aller plus loin, aux racines et à l’origine des textes coraniques et évaluer ces expériences. La manière de gouverner à ce moment là s’imposait vu le contexte général et la réalité du terrain…J’ai même eu vent du contenu de certains projets de constitution arrangés par ces jeunes, et qui étaient copiés des lois des sultanats, certains mêmes prônent que l’on cesse de faire usage de la monnaie et de retourner à l’usage de l’or et de l’argent. Ils prônent le Califat…et disent que les gens actuellement sont très loin de ce qu’exige l’Islam », a relaté Mourou, précisant que l’impératif est de faire connaitre le vrai visage de l’islam,  d’informer, d’éclairer les gens et de rectifier la compréhension qu’ils ont de la religion. 
Mourou a par ailleurs, regretté qu’il n’y ait pas eu d’imams ou le Mufti de la République présents lors de cette rencontre pour en dire davantage sur le message de l’islam au sujet de la cohabitation, l’acceptation de l’autre et le respect des lois. 

 

« Nos penseurs et anthropologues musulmans ont écrit un million de manuscrits au sujet de la religion. Il en existe, tout au plus 10, portant sur l’organisation du pouvoir et qui expliqueraient que la religion rejette la violence…Actuellement dans les moquées, il existe 3 types de prêches : Celle après laquelle, les gens ressortent pleins de haine les uns envers les autres, accusant les autres de mécréance, et il y a le prêche qui ressemble plus à de la politique et dont les imams changent de discours en fonction de qui est au pouvoir, et enfin les prêches des temps révolus où l’on parle de paradis et d’enfer,  et qui coupent l’islam de la réalité vécue…

Aujourd’hui nous avons besoin d’une révolution au sein de nos mosquées, qu’on change le discours religieux. Il nous faut retourner aux sources des textes, et comprendre comment ils rejetaient la violence… », a-t-il dit donnant l’explication du texte du hadith qui appelle à frapper sa femme non obéissante, en disant que frapper était le dernier recours après avoir utilisé des méthodes douces, «  comme faire intervenir une tierce personne pour lui faire entendre raison, ensuite déserter sa couche, et enfin la frapper au moyen d’un objet fin et court sans lever le coude », a expliqué Mourou, tout en ajoutant qu’il n’appartenait à personne de la société de recourir à la violence, « Tous les penseurs de l’islam ont convenu à l’unanimité, que seul le pouvoir est habilité de faire usage de la force, et de faire appliquer la loi… Mais c’est du rôle de la Oumma de faire enraciner les valeurs, et non pas du rôle de l’Etat». 

Selon Mourou, la réelle préoccupation des Tunisiens c’est leurs soucis du quotidien et non pas de savoir qui est Islamiste et qui est laïc : «Nous n’avons pas de problème d'islamistes et de laïcs, a-t-il martelé. Cela n’existe pas. Notre problème c’est que nous ne sommes pas à la hauteur des attentes. Nous sommes comme des enfants de 5 ans qui se disputent un stylo cassé, et qui campent, chacun sur sa position... Tous les regards sont braqués sur nous, en tant que civilisation trois fois millénaire, ayant bâti la première république dans l’histoire, et la première constitution, meilleure que celle de Sparte…Nous avons besoin de surmonter nos soucis, aller au-delà des chamailleries pour les postes et le pouvoir…laissez cela à ceux dont l’histoire révèlera la petitesse d’ esprit, le manque de patriotisme et l’apathie du rendement », a-t-il dit. 
Il a, par ailleurs, appelé à ce que les imams, les professeurs et enseignants participent à des programmes de recyclage pour mettre à jour leur perception et leur compréhension de la religion, telle qu’elles devraient être aujourd’hui, avec le vécu d’aujourd’hui. 

Source: gnet

captcha