Des lieux de prière dans les universités au Canada

14:30 - March 26, 2006
Code de l'info: 1482648
Service international: De plus en plus d'universités au Canada sont confrontées aux griefs de leurs étudiants musulmans qui militent en faveur de lieux de prière sur les campus au grand dam de certaines institutions d'enseignement tenant mordicus à la laïcité.




Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant "AFP", dans une décision rendue cette semaine, la Commission des droits de la personne du Québec a sommé l'Ecole de technologie supérieure (ETS) de "proposer" un "lieu d'accueil" à ses étudiants musulmans de façon à ce qu'ils puissent "prier, sur une base régulière, dans des conditions qui respectent leur droit à la sauvegarde de leur dignité".

Faute de lieu assigné, des étudiants musulmans utilisaient les cages d'escalier pour prier et les lavabos pour faire leurs ablutions, jusqu'à ce que la direction de l'établissement mette un terme en 2002 à ces pratiques suscitant l'indignation d'un groupe de 113 étudiants musulmans qui a saisi la Commission des droits de la personne.

Celle-ci a donné en partie raison aux étudiants, mais a reconnu que le fait de réserver un local exclusivement à la pratique d'une seule religion constituait une "contrainte excessive" pour l'établissement scolaire.

Ces nouvelles requêtes vont de pair avec une hausse de la population musulmane qui a plus que doublé au cours de la décennie 90 passant de 250.000 en 1991 à 600.000 en 2001, selon les données du dernier recensement. Avec un âge moyen de 28 ans par personne, les musulmans forment la communauté religieuse la plus jeune du Canada.

Même la prestigieuse université McGill à Montréal n'échappe pas aux griefs de cette jeune communauté. La récente décision de l'administration de ne pas accorder un local de prière permanent à l'association des étudiants musulmans a causé un véritable choc sur le campus.

"Nous devons faire cinq prières par jour. Chacune d'elle dure à peu près 10 minutes, mais elles tombent durant les heures de cours alors il est difficile pour les étudiants de courir chez eux avant de retourner en classe", explique à l'AFP Idill Issa, porte-parole de l'association.

Lors de la prière du vendredi, jusqu'à 500 étudiants s'entassent dans un local prêté par l'Association générale des étudiants de l'université.

"Il y a vraiment un besoin pour un lieu de prière sur le campus, que ce soit un lieu général pour tous les cultes ou un lieu consacré à la communauté musulmane", poursuit l'étudiante en licence de philosophie.

Devant le refus de l'université de lui accorder un local dédié à la prière, l'association a elle aussi saisi la Commission des droits de la personne du Québec invoquant l'"obligation légale" de l'université de permettre à ses étudiants de remplir leurs obligations religieuses.

L'université de Toronto, sise au coeur de la ville la plus cosmopolite du Canada, a évité d'affronter la justice et dépensé 2,7 millions de dollars US pour ériger un "centre multi-foi" réunissant sous un même toit des lieux de prières et d'échanges pour ses étudiants musulmans, sikhs, bouddhistes, etc...

"Nous avons demandé aux étudiants: quelle part de vous laissez-vous de côté à l'université? Ils nous ont dit: nous n'amenons pas notre foi parce qu'elle n'est pas la bienvenue. Puis, ils ont demandé des endroits pour prier sur le campus", explique à l'AFP Susan Addario, responsable des Affaires étudiantes dans la plus importante université au Canada.

L'injection de deniers publics a toutefois soulevé l'ire d'un groupe d'étudiants baptisé "l'Alliance séculaire", attaché à la laïcité, qui a milité en vain contre la construction du "centre multi-foi" dont le chantier débutera en mai.

"Pour nous, le fait d'être financé par le public ne signifie pas qu'on ignore la spiritualité ou la foi de chacun, mais nous tentons de trouver des solutions raisonnables pour les inclure", se défend toutefois M. Addario.

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