Une puissante radio catholique antisémite menacée de sanctions en Pologne

22:47 - April 08, 2006
Code de l'info: 1483203
Service international: Un énième dérapage antisémite de la populaire radio polonaise ultracatholique Radio Maryja a provoqué une nouvelle mise en garde du Vatican et une demande de sévères sanctions de la part de Marek Edelman, la personnalité juive la plus respectée du pays.


Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant "AFP", le Vatican a ouvertement mis l'Eglise polonaise en demeur de régler un problème de plus en plus embarrassant pour la hiérarchie catholique, à sept semaines d'une longue visite du pape Benoît XVI en Pologne.

"La pénible affaire de Radio Maryja doit être considérée avec attention et fermeté", a écrit le nonce apostolique, Mgr Jozef Kowalczyk, dans une lettre adressée à la Conférence épiscopale polonaise et rendue publique jeudi.

Radio Maryja, qui revendique 3 millions d'auditeurs, fait partie d'un groupe de médias au contenu très religieux, mais aussi antilibéral, nationaliste et souvent antisémite. Il est dirigé par le père Tadeusz Rydzyk, de l'ordre des rédemptoristes.

Scandalisé par une recrudescence des contenus xénophobes et antisémites sur les ondes de la radio, le dernier survivant du commandement de l'insurrection du Ghetto de Varsovie en 1943, Marek Edelman, 83 ans, a pressé jeudi le gouvernement polonais d'envisager la fermeture de Radio Maryja, qu'il a comparée à l'ancien hebdomadaire de propagande nazie Der Stürmer.

"J'appelle le Premier ministre et le président de la Diète (chambre basse du Parlement) à prendre des mesures afin d'éliminer l'idéologie diffusée par Radio Maryja dans ses émissions politiques, et même, s'il le faut, à fermer cette station", a-t-il écrit dans une lettre ouverte au Premier ministre conservateur Kazimierz Marcinkiewicz et au président de la Diète Marek Jurek.

Dans un commentaire diffusé le 27 mars, un des collaborateurs de la station, Stanislaw Michalkiewicz, avait déclaré que "les juifs humiliaient la Pologne dans l'arène internationale en lui demandant de l'argent" pour les biens laissés dans ce pays, les accusant de "racket" et utilisant des termes injurieux à leur encontre.

"Le Saint-Siège appelle avec insistance les évêques polonais à s'unir pour surmonter les difficultés actuelles provoquées par certaines émissions et les prises de position de Radio Maryja", a écrit quant à lui Mgr Kowalczyk.

Les évêques polonais ont toujours été partagés sur le rôle de la radio. Si de très nombreux prêtres et certains évêques soutiennent Radio Maryja, le cardinal-primat de Pologne Jozef Glemp et nombre d'évêques l'ont accusée de "désintégrer" l'Eglise polonaise et ont demandé au pape d'intervenir.

En janvier, le Vatican avait adressé une première mise en garde à cette station qui exerce une forte influence politique en Pologne.

Le père Rydzyk soutient ouvertement le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir ainsi que le président Lech Kaczynski issu de ce parti.

Premier ministre depuis le mois de novembre, Kazimierz Marcinkiewicz, ainsi que plusieurs de ses ministres et les députés du PiS, sont régulièrement invités par la radio, somptueusement installée dans la ville de Torun, à 180 kilomètres au nord de Varsovie.

"A travers leur présence dans cette radio, le Premier ministre, le président de la Diète, les ministres et certains députés la crédibilisent et donnent l'impression que l'Etat est solidaire de la ligne politique de Radio Maryja", a déploré M. Edelman.

Le porte-parole du gouvernement Konrad Ciesiolkiewicz a répondu jeudi que l'exécutif n'avait pas de "possibilités juridiques d'intervenir dans le travail de rédactions, ni de fermer les stations de radio".

"Si quelqu'un se sent offensé dans ses sentiments religieux ou dans ses origines, s'il estime qu'il y eu une incitation à la haine, il devrait en saisir le parquet", a déclaré M. Ciesiolkiewicz.


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