Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant (AFP), après avoir successivement pris depuis le 5 juin la majeure partie de Mogadiscio puis Jowhar - dernier bastion des chefs de guerre soutenus par les Etats-Unis - et des localités sur la route menant à la frontière éthiopienne, les islamistes ont conforté leur influence vendredi à l'extérieur de la capitale en obtenant le soutien des puissants chefs traditionnels de Jowhar.
Défilant dans la rue Lénine, dans le sud de Mogadiscio, sous la protection de miliciens islamistes, 6.000 à 7.000 manifestants - dont la moitié de femmes - ont crié leur hostilité au président américain George W. Bush, qualifié de "criminel de guerre qui a massacré beaucoup de gens".
"Allez en enfer avec votre démocratie", affirmaient d'autres slogans, qui s'en prenaient également au Parlement de transition somalien qui a donné mercredi son feu vert au déploiement d'une force de paix internationale dans le pays, livré au chaos depuis le début de la guerre civile en 1991.
"Nous appelons le Parlement à retirer sa décision", a lancé le vice-président des tribunaux islamiques AbdulKadir Ali Omar, devant les manifestants.
"Maintenant les parlementaires ont deux options: revoir cette décision ou rejoindre le camp des ennemis de la Somalie", a-t-il lancé.
Dans une lettre adressée aux Etats-Unis et à plusieurs autres pays, le président des tribunaux islamiques de Mogadiscio, Sheikh Shariff Sheikh Ahmed, a par ailleurs nié tout lien entre les islamistes somaliens et le terrorisme, a rapporté le quotidien américain Washington Post.
Les services de renseignement occidentaux soupçonnent les tribunaux islamiques d'abriter des extrémistes liés au réseau terroriste Al-Qaïda. Les Etats-Unis ont apporté un soutien financier à une alliance de chefs de guerre de Mogadiscio pour contrer la montée en puissance des tribunaux.
Ces chefs de guerre, qui régentaient la capitale somalienne depuis 1991, ont été défaits dans Mogadiscio le 5 juin par les miliciens islamistes, après quatre mois de combats meurtriers.
La lettre, datée de mercredi et adressée au Département d'Etat américain et aux ambassades de plusieurs pays, compare les terroristes internationaux, tels ceux d'Al-Qaïda, aux chefs de guerre qui ont régné par la terreur sur Mogadiscio, selon le Washington Post.
"Nous éprouvons la douleur de tous ceux qui ont eu à faire face à la tyrannie des terroristes et des organisations criminelles. Notre position à cette égard est déterminée", ajoute-t-il.
Sheihk Shariff Sheikh Ahmed affirme dans cette lettre la volonté des dirigeants des milices de s'opposer à ce que la Somalie devienne "une route de transit ou un repaire" pour les terroristes.
A l'extérieur de la capitale, les islamistes confortent leur emprise le long de la route menant jusque la frontière éthiopienne, à environ 300 km au nord de Mogadiscio.
A Jowhar, les dirigeants des tribunaux ont obtenu pendant la nuit de jeudi à vendredi le soutien décisif des autorités traditionnelles, après de longues tractations.
"Nous avons accepté de collaborer avec les tribunaux islamiques pour établir de nouvelles administrations", a déclaré Sheikh Ibrahim Farah, important chef coutumier et imam de Jowhar.
Selon lui, les islamistes ont accepté de laisser les autorités traditionnelles prendre en charge la mise sur pied de l'administration et sa direction, les milices des tribunaux devant assurer la sécurité dans la ville et ses environs.