La victoire du Hezbollah sur Israël en a convaincu beaucoup dans la région qu’alors que leurs dirigeants n’avaient pas réussi à affronter l’hégémonie d’Israël et des USA, les mouvements islamiques sont parvenus à rendre dignité et honneur à une identité meurtrie, et l’avenir politique de tels mouvements s’en trouve renforcé, écrit le The New York Times, le dimanche 20 août.
" Les perdants seront les régimes arabes, les USA et Israël " a déclaré au quotidien américain, Fares Braizat, du Centre d’études stratégiques à l’université de Jordanie. " Les mouvements laïcs de résistance sont morts. Maintenant, c’est l’avènement des Islamistes. Ainsi le nouveau nationalisme sera un nationalisme religieux et l’une des raisons principales en est la recherche de la dignité. Les gens veulent retrouver leur dignité. "
La guerre du Liban a mis en valeur et, pour beaucoup au Moyen-Orient, a prouvé le bien fondé de l’émergence d’une autre idéologie unificatrice, une sorte de nationalisme arabo-islamique, écrit le Times.
Le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est maintenant largement considéré comme un héros islamique panarabe. Les effusions dans les colonnes des journaux, les dessins, les blogs et les lectures publiques de poésie font l’éloge de Nasrallah, tout en s’en prenant, d’une part à la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, pour son « nouveau Moyen-Orient » qu’ils accusent de conduire à la violence et à la répression, et d’autre part aux dirigeants arabes pour leur faiblesse.
Le Hezbollah a prouvé qu’il était un ennemi avec lequel il fallait compter, il a infligé de lourdes pertes à des unités israéliennes armées jusqu’aux dents. Excepté pour le conflit continue d’Israël avec les Palestiniens, Israël a enregistré plus de victimes civiles dans le conflit avec le Liban qu’avec aucun autre depuis qu’il a été établi sur les décombres de la Palestine en 1948.
Bien qu’Israël ait concédé ses échecs durant ce mois de guerre au Liban - une défaite qui a fait les gros titres internationaux -, seul, le Président US G. Bush croit que la résistance libanaise a perdu.
Une majorité, dans l’opinion publique israélienne pense qu’aucun des objectifs de la guerre, ou seulement une très petite partie, n’a été atteint.
Le crédit
Les spécialistes pensent que la victoire du Hezbollah et l’échec du nationalisme arabe, et plus récemment, la fausse promesse de la démocratie à l’américaine vont donner plus de crédit à l’Islam politique et aux mouvements islamiques dans toute la région.
" Les gens diront que le Hezbollah a réalisé une très bonne chose, alors pourquoi devrions-nous nous méfier des Frères musulmans ? " indique au quotidien américain, Hassan Naffa, professeur de Sciences politiques à l’université du Caire. Et quand il lui fut demandé, par Yomna Samah, une animatrice égyptienne célèbre pour ses débats radiophoniques et qui se définit elle-même comme une laïque, si elle pourrait voter pour un candidat des Frères musulmans, elle répond : " Ouais, pourquoi pas ?... ", " ...Le Hezbollah est un mouvement de résistance qui nous a apporté une réponse ".
The New York Times a évoqué l’ascension fulgurante des Frères musulmans en Egypte - avec 88 sièges assurés au Parlement du pays - et du mouvement de résistance palestinien Hamas qui a obtenu une victoire écrasante aux élections parlementaires en janvier.
" Nous avons besoin d’un protection " dit Mona Mahmoud, 40 ans. " Dans les années 1960, l’arabisme était une protection. Nous nous sentions perdus dans l’espace. Nous devions nous raccrocher à quelque chose. Habituellement, dans notre partie du monde, et parce que la religion a du sens pour nous, nous avons alors recours à elle. "
Pour Diaa Rashwan, spécialiste des mouvements islamiques, les gens s’identifient eux-mêmes plus en tant que musulmans depuis ces cinq dernières années, " c’est une réaction à la « guerre contre le terrorisme » conduite par les USA, une guerre que les Egyptiens ressentent souvent comme une campagne discriminatoire à l’encontre des musulmans et du monde islamique. "
Mais ce qui fait apprécier le plus les groupes islamiques par la plupart des laïques est le fait qu’ils sont considérés comme incorruptibles, disciplinés, efficaces et humains.
" L’échec du panarabisme, le manque de démocratie et la corruption conduisent les gens à un complet désespoir lequel les amène a rechercher une réponse dans la religion " dit Gamal El-Ghitany, rédacteur en chef de Akhbar al-Adab, un magazine littéraire diffusé en Egypte.
Mme Mahmoud dit qu’elle a plus confiance en l’Islam que dans l’Etat. " J’ai plus confiance en Allah que dans [le Président égyptien] Hosni Mubarak " dit-elle.
" C’est pourquoi je suis fière d’être une musulmane."
Source : IslamOnline