Le Dr Mattson, 43 ans, dîplomée d'études islamiques, est la première femme élue à la tête de l'ISNA, une organisation qui regroupe aux Etats-Unis et au Canada quelque 20.000 adhérents individuels et 350 mosquées et centres islamiques.
Cette professeur d'études islamiques à l'Hartford Seminary (Connecticut) s'est déclarée, dans un entretien à l'AFP, "déçue" par les récentes déclarations du Pape sur l'islam, le jihad et la violence.
Le fait "de faire une connexion explicite entre l'islam et une religion au coeur de laquelle existe la violence est inexact et opportuniste", a-t-elle déclaré.
Pour elle, le Pape a "profité de l'actuel contexte politique pour tenter de marquer des points religieux" à un moment inopportun.
"Ce n'est pas l'époque pour ce genre de compétition. L'objectif des leaders religieux aujourd'hui doit être de conduire leurs communautés vers de meilleures et plus hautes valeurs", a souligné cette Canadienne, convertie à l'Islam quand elle était à l'université.
Elue pour deux ans à la tête de l'ISNA, Mme Mattson estime avoir été choisie pour ses compétences. "Le fait d'être une femme n'a pas été une barrière", se félicite-t-elle réfutant les critiques sur la position difficile de la femme dans certaines sociétés musulmanes.
"Historiquement et de façon générale, les femmes luttent toujours pour leurs droits, même dans nos sociétés contemporaines. C'est vrai partout et pas seulement dans le monde musulman", affirme-t-elle.
En charge de l'ISNA dont elle était déjà la vice-présidente depuis 2001, elle entend notamment faire davantage connaître la foi musulmane au peuple américain dans un contexte d'"islamophobie" croissante.
"L'"islamophobie" augmente aux Etats-Unis", s'alarme-t-elle. "Je suis inquiète pour nos jeunes qui grandissent dans cet après 11-Septembre avec un sentiment continuel de suspicion, que ce soit du fait de la part des gens ordinaires qui ont peur, ou de la part du gouvernement qui cible les musulmans", explique Mme Mattson.
"Cela crée un sentiment de marginalisation qui n'existait pas auparavant aux Etat-Unis (...). Si nos jeunes évoluent dans un environnement où ils se sentent singularisés, soupçonnés et exclus, cela va les affecter de façon négative émotionnellement comme psychologiquement. Cela me préoccupe", ajoute-t-elle.
Elle souhaiterait une "couverture plus équilibrée de la vie musulmane dans les médias" et regrette "la tendance des hommes politiques américains à utiliser les craintes des gens pour gagner des voix".
La présidente de l'Islamic Society est plus optimiste vis-à-vis de ce qu'elle appelle la culture populaire, notamment la télévision.
"Je trouve que la culture populaire fait un meilleur travail en humanisant les musulmans et en montrant leurs vies. Les musulmans n'ont pas besoin d'être des saints ou des modèles mais juste qu'on les montrent comme des gens normaux (...), juste des êtres humains".
Source: AFP