Lors d'une audience exceptionnelle dans sa résidence d'été de Castel Gandolfo (environs de Rome) avec les représentants auprès du Saint-Siège des pays à majorité musulmane, Benoît XVI a invité responsables religieux et politiques à "travailler ensemble" pour faire reculer l'intolérance et "s'opposer à toute manifestation de violence".
Mais le chef de l'Eglise catholique a insisté sur la nécessité "d'un dialogue authentique" sachant respecter "les différences", "dans un monde marqué par le relativisme".
Les représentants de 20 pays à majorité musulmane (dont l'Irak, le Pakistan et l'Iran), ainsi que ceux de la Ligue arabe et de la Côte d'Ivoire, et les responsables de la communauté musulmane en Italie, ont assisté à la rencontre.
Celle-ci, qui a duré environ une demi-heure, n'a pas été l'occasion d'un véritable échange : après son discours et avant de s'éclipser, le pape a serré la main de chacun des participants, qui n'ont pu que lui glisser quelques mots ou lui remettre une lettre.
Le souverain pontife n'a pas non plus formulé les excuses que certains avaient réclamé pour avoir semblé établir une relation entre islam et violence lors d'une conférence théologique sur "foi et raison" prononcée le 12 septembre à Ratisbonne durant son voyage en Allemagne.
Les Frères musulmans d'Egypte ont ainsi dénoncé lundi après-midi "une nouvelle tentative du pape d'éviter des excuses". "Quand nous avons demandé au pape de s'excuser, nous avons souhaité que ce soit des excuses claires et honnêtes", a indiqué à l'AFP un dirigeant de la confrérie islamiste, Mohammad Habib.
L'ambassadeur irakien Albert Yelda, un chrétien, a cependant estimé que le pape a prononcé le discours "que nous attendions".
"Le dialogue continue", s'est également réjoui Mohamed Nour Dachan, président de l'Union des communautés et organisations musulmanes d'Italie (Ucoii).
Le chargé d'affaires iranien, Ahmad Fahima, cité par l'agence I-Media, a estimé que la rencontre avait été "fructueuse" tandis que Miroslav Palameta, ambassadeur de Bosnie-Herzégovine, l'a jugée "utile".
La majorité des participants n'a pas souhaité s'exprimer.
La rencontre avait été organisée par le Vatican pour tenter de mettre un point final à la vague d'indignation suscitée dans le monde musulman par la conférence de Ratisbonne, le plus grave incident depuis le début du pontificat du pape allemand en avril 2005.
Benoît XVI avait déjà exprimé à deux reprises ses regrets sans parvenir tout à fait à éteindre la polémique.
Le pape a assuré lundi les croyants musulmans de son "estime" et de son "respect". Il a déclaré vouloir poursuivre "l'oeuvre entreprise" par son prédécesseur Jean Paul II, dont l'engagement en faveur du dialogue interreligieux et contre la guerre en Irak avait été particulièrement apprécié dans le monde musulman.
Benoît XVI a aussi rappelé qu'il avait lui-même déjà qualifié de "nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir" le dialogue entre chrétiens et musulmans. C'était en août 2005, en recevant des représentants musulmans en marge des journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Cologne (Allemagne).
Le pape allemand avait alors, dans des termes presque similaires à ceux de lundi, appelé chrétiens et musulmans à "extirper les sentiments de rancoeur", à s'opposer "à toute forme d'intolérance et à toute manifestation de violence".
Source: AFP