Istanbul (IQNA) - Religieux et nationalistes manifestent contre la venue du Pape en Turquie

15:44 - November 26, 2006
Code de l'info: 1510629
Plusieurs milliers de personnes convergeaient dimanche en fin de matinée à Caglayan, sur la rive européenne d'Istanbul, pour manifester, à l'appel d'un petit parti islamiste, contre la visite qu'effectuera le pape Benoît XVI en Turquie à partir de mardi.


Nombre de protestataires souhaitant prendre part à la manifestation, dont le mot d'ordre est "le pape n'est pas le bienvenu" et qui devait commencer à 10H00 GMT, étaient retardés par des barrages policiers.
A l'origine, le mot d'ordre devait être "le pape rusé et ignorant n'est pas le bienvenu", mais les organisateurs, le parti de la Félicité (SP), qui n'est pas représenté au parlement, l'ont modifié sous la pression des autorités, celles-ci leur ayant demandé d'éviter des slogans injurieux, selon la presse.
Le SP avait prédit une foule d'un million de personnes. Toutefois, il ne devrait pas y en avoir plus de 300.000, selon d'autres estimations.
Des centaines de membres des forces de sécurité, notamment de la police antiémeutes, étaient déployés sur place.
"Notre respect de toutes les religions et de tous leurs représentants est infini, mais nous ne pouvons pas rester sans réponse face à ceux dont les déclarations vont à l'encontre de nos convictions", avait déclaré en annonçant le manifestation mercredi Osman Yumakogullari, président du SP pour Istanbul.
"En septembre, le pape Benoît XVI ne s'est pas gêné pour insulter le prophète Mahomet. Selon lui, le prophète a apporté des choses inhumaines et sataniques", a poursuivi le responsable, insistant sur le fait que le chef spirituel de l'Eglise catholique avait refusé de présenter ses excuses.
Le SP a dit avoir mobilisé 2.000 cars pour transporter les manifestants à Caglayan, où on pouvait lire sur une des banderoles : "non à l'alliance des croisés !".
Le Pape sera de mardi à vendredi en Turquie, où il se rendra à Ankara et Ephèse (ouest) avant de gagner Istanbul mercredi soir.
Plusieurs islamistes et nationalistes sont convaincus que les rencontres prévues à Istanbul entre Benoît XVI et le Patriarche Grec Orthodoxe Bartholomée I visent non seulement à un rapprochement entre les deux églises, mais aussi à créer une alliance chrétienne contre l'islam.
Sur une affiche montrant des photos de victimes de la guerre en Irak, était posée la question : "Qui a fait cela ?"
Une autre bannière demandait "qui est le responsable du terrorisme ? Les Etats-Unis, Israël et l'Union européenne, ou l'Irak et les Palestiniens ?"
L'édition dominicale du quotidien islamiste Milli Gazete, qui soutient le SP, titrait : "ici, c'est Istanbul, pas Constantinople".
Et de poursuivre : "le pape va voir à Caglayan qu'on ne peut cacher le soleil avec de la boue".
Mercredi dernier, la police a interpellé 39 personnes qui ont manifesté sans autorisation dans l'enceinte de Sainte-Sophie, église byzantine du VIe siècle devenue un musée que le pape visitera jeudi.
Les islamistes et nationalistes turcs sont furieux que ce lieu, qui a servi de mosquée pendant presque cinq siècles sous l'empire Ottoman, figure sur l'itinéraire de Benoît XVI, disant que cela est la preuve des ambitions chrétiennes, selon eux, de retransformer l'édifice en église.
Le SP a pris la suite du parti du Bien-être qui avait été éloigné du pouvoir en 1997 sous la pression des milieux laïques, dont l'armée, et interdit par la cour constitutionnelle l'année suivante pour avoir porté atteinte à la laïcité en Turquie.
Des modérés, dont l'actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, avaient alors pris leurs distances avec le mouvement en annonçant qu'ils renonçaient à l'islamisme pour former le Parti de la Justice et du Développement (au pouvoir), qu'ils définissent comme étant "démocrate conservateur" et respectueux de la laïcité.

Source : AFP
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