«Labbayk, allahoumma labbayk». «Me voici, présent à ton appel, toi qui commandes tout et qui n'as pas d'associé».
C'est la niya, la déclaration d'intention du Hadj que le pèlerin récite sans cesse dès l'approche de La Mecque.
Zélés et enthousiastes, Alan Hillier et Troy Smith, qui se cherchent encore des noms arabes, Andrew, un Mozambicain de Gaspésie, Ali, un Haïtien de Montréal, l'autre Ali, Hollandais de Calgary, chantonnent des «labbayk» comme les jeunes hippies des années 60 distribuaient des «hare rama, hare krishna» urbi et orbi.
On vient tous, dans l'avion, d'enfiler l'Ihram, deux pièces de tissu blanc sans couture, l'une enroulée autour de la taille comme un sarong, l'autre jetée sur les épaules comme une toge un linceul symbolisant l'abandon du monde matériel et la renaissance spirituelle.
Cinq ou six femmes sont du groupe, dont une travailleuse sociale de Winnipeg, d'origine pakistanaise. Les femmes font le hadj en groupe, avec les hommes de leur entourage ou avec d'autres femmes. Elles s'habillent de noir ou de blanc, gardant le visage découvert.
Le Hadj, c'est le pèlerinage à La Mecque, l'un des cinq piliers de l'islam les autres étant la profession de foi, les cinq prières par jour, le jeûne du ramadan et la charité.
Le croyant est censé accomplir le Hadj au moins une fois dans sa vie. Sur 1,5 milliard de fidèles, ils étaient trois millions à s'entasser ainsi pendant une semaine, cette année, dans une vallée aride et pierreuse d'une vingtaine de kilomètres carrés, pour accomplir ce rituel.
Ce qui en a fait du coup le plus grand camping du monde. Au coeur de l'Arabie Saoudite interdite aux non musulmans. Camping sauvage, s'il en fut, et à très hauts risques: mouvements de foule et piétinements, agitation politique, répressions mortelles, épidémies ou même pandémies.
Rois, princes, présidents, ministres, députés, maires, notables et imams y sont venus en jet des quatre coins du globe. Et, comme moi, les «invités» du souverain saoudien, «gardien des deux Lieux saints» La Mecque et Médine sont arrivés d'une multitude de pays.
La masse humaine venait d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient. Selon des quotas 1000 visas par million de musulmans. L'Indonésie, la Malaisie, l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh, l'Asie centrale, le Nigeria, l'Égypte, le Soudan et la Turquie ont fourni le tiers des pèlerins. La Chine, la Russie et l'Europe, l'Asie du sud-est, les Amériques et l'Océanie envoient aussi de plus en plus de pèlerins.
Dans les autocars et sous les tentes, les Canadiens étaient regroupés avec les Australiens, les Néo-Zélandais, voire des gens des Fidji et de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Bien des nouveaux convertis là aussi, fascinés par la forme de leur nouvelle foi : «on ne mange pas de la main gauche», «c'est l'heure de la prière», «pas de colère en état d'Ihram», répétaient-ils, tout heureux de pouvoir édicter des normes sans être contredits.
L'Ihram, que le pèlerin conserve pendant les trois jours du Hadj, et les rituels obligatoires pour tous, ne réussissent pas à masquer les inégalités réelles de cette humanité.
Source: Cyber press