Chef religieux influent, l'imam décédé jeudi soir était considéré par la classe politique et une bonne partie de l'opinion danoise comme étant l'un des instigateurs de la révolte du monde arabo-musulman contre le Danemark en février 2006, à la suite de la publication de dessins satiriques du Prophète dans un quotidien danois.
Ces dessins avaient soulevé il y a un an la plus violente vague de protestations contre les intérêts du royaume scandinave depuis la Seconde guerre mondiale: représentations diplomatiques incendiées ou saccagées à Beyrouth, Damas et Téhéran; drapeaux danois brûlés et produits du Danemark boycottés au Moyen-Orient.
"Les musulmans au Danemark ont perdu une voix forte. Abou s'est battu pour que les musulmans aient une place dans la société danoise et qu'ils y soient intégrés tout en préservant leur religion", a déclaré l'imam Abdul Wahid Pedersen, un ami du défunt.
A la tête de la Communauté islamique, l'organisation musulmane la plus en vue du pays, il attirait avec ses prêches à la mosquée de Dortheavej, à Copenhague, des centaines de fidèles à la prière du vendredi.
Des centaines de fidèles se sont inclinés sur sa dépouille en suivant vendredi la prière du vendredi à la mosquée de Dortheavej.
Il était notamment accusé par les médias et les hommes politiques de tenir "un double langage" au Danemark et dans le monde arabe.
Tim Jensen, expert danois en islam, venu rendre un dernier hommage au défunt, a mis en garde les Danois contre la tentation de juger uniquement Abou Laban sur ses actions durant la crise des caricatures.
"Il faut juger Abou Laban sur le long terme. C'est un homme d'une grande intégrité. Il a contribué à redonner fierté et dignité aux musulmans tout en oeuvrant pour leur intégration", a souligné M. Jensen sur TV2 News.
En octobre dernier, lors du premier anniversaire de la publication des douze dessins du prophète, il avait déclaré à l'AFP, qu'il avait "tout fait pour apaiser les tensions", et que durant ses vingt-cinq années passées au Danemark, il avait fait de l'intégration des musulmans "sa première priorité".
L'imam a été enterré dans le nouveau cimetière des musulmans à Broendby (sud-ouest de Copenhague).
La communauté musulmane au Danemark compte environ 200.000 personnes, soit quelque 3% d'une population de 5,4 millions d'habitants.
Source : AFP