Un quart d'heure d'arrêt du travail avait été décrété hier à midi par le premier ministre irakien, en mémoire des victimes de l'attentat de la Mosquée d'or de Samarra, commis l'an dernier contre ce sanctuaire chiite par un mystérieux commando. Deux violents attentats ont secoué Bagdad vers midi et quart, comme pour renouveler le sanglant défi lancé l'année dernière à la majorité chiite irakienne, lors de la destruction du mausolée de l'imam al-Askari.
Trois voitures piégées, dont l'une aurait été placée dans le sous-sol d'un immeuble, ont d'abord dévasté le populeux marché de gros de Chorja, où travaillent de nombreux chiites, en plein centre de Bagdad, faisant environ 88 morts et près de deux cents blessés. Les vitres ont tremblé à plusieurs kilomètres à la ronde, faisant décoller des vols de colombes des toits de la ville, alors qu'une épaisse colonne de fumée noire s'élevait au-dessus du Tigre.
Cette triple explosion est un triple défi aux tentatives d'enrayer le déchaînement de violence qui secoue l'Irak. Un défi au gouvernement de Nouri al-Maliki, tout d'abord. Le premier ministre avait ordonné hier le renforcement du dispositif de sécurité dans la capitale irakienne et décrété un arrêt de travail national en mémoire de l'attentat de Samarra. Ces deux mesures symboliques ont été ouvertement bafouées par un autre attentat commis en plein centre de la capitale, au bout du pont de la Jamouhirya. Vu depuis les remparts de la Zone verte, le panache de fumée de l'explosion venait rappeler au gouvernement irakien, retranché derrière ces murs, l'impunité avec laquelle les extrémistes sunnites lui disputent le contrôle de la capitale.
Le défi s'adresse aussi à l'ensemble de la communauté chiite. Les explosions ont eu lieu le jour anniversaire, selon le calendrier musulman, de la destruction du sanctuaire chiite de l'imam al-Askari. Cette opération commando avait presque entièrement détruit le dôme doré et millénaire de l'un des importants lieux de pèlerinage chiite, l'endroit même où avait été « occulté » le douzième imam, le Mahdi, et où ses partisans ne cessent, depuis lors, d'attendre le retour.
Source: Le Figaro