Est-ce la crise ou y a-t-il encore de la place pour des négociations sur votre programme nucléaire ?
Ce problème peut être réglé sans crise car nous n'aspirons qu'à la sécurité celle de notre pays, de la région et du monde.
Peut-il l'être sur la base d'une suspension parallèle des sanctions du Conseil de sécurité et de vos opérations d'enrichissement d'uranium ?
J'en ai parlé avec Vladimir Poutine, la semaine dernière à Moscou. Nous n'avons pas de divergences sur ce point.
Concrètement parlant, vous acceptez l'idée de suspension parallèle suggérée par Mohammed el-Baradei, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique ?
Nous acceptons volontiers que Mohammed el-Baradei soit notre interlocuteur sur ce dossier. Il faut maintenant qu'il nous présente une proposition écrite et que nous puissions l'examiner. Nous nous sommes consultés, ici à Téhéran, et notre négociateur, M. Laridjani, a reçu des instructions.
Vous ne m'avez pas répondu...
Les portes sont grandes ouvertes à une négociation avec Mohammed el-Baradei. Il n'y a aucune limitation.
Même pas sur une suspension de vos opérations d'enrichissement ?
Nous avons déjà accepté, ces dernières années, une suspension de deux ans et demi, mais, au bout du compte, il est apparu qu'on voulait que nous renoncions à l'énergie nucléaire, ce qui était totalement inenvisageable. Cette suspension n'avait donc pas permis d'accord, mais, si nous continuons à nous prononcer pour un règlement pacifique de ce problème, aucune idée ne doit être a priori inacceptable, ni pour nous ni pour quiconque. Nous n'avons qu'une ligne rouge : le respect de notre droit à l'énergie nucléaire, qui nous est garanti par le traité de non-prolifération. Nous ne voulons pas de nucléaire militaire mais, j'insiste, je le répète, chacun doit savoir que notre droit au nucléaire civil est une ligne rouge et que nous le défendrons sans rien céder.
Peut-on croire que l'Iran ne veuille pas la bombe, alors que vous voulez «rayer de la carte» un Etat membre des Nations unies ?
Je comprends que vous parlez d'Israël, mais ce qu'a dit notre Guide, notre autorité suprême, ce que dit l'Iran par sa bouche, est que tous les habitants, musulmans, juifs et chrétiens, de ce territoire que nous appelons Palestine doivent se prononcer, démocratiquement, sur son avenir. C'est à la démocratie de régler ce problème.
Peut-on croire cela quand l'Iran vient d'organiser une conférence internationale niant la réalité de l'Holocauste ?
Je n'ai pas pris part à cette conférence, mais elle n'avait pas pour but de nier l'Holocauste. Elle voulait tenter de procéder à un examen des faits. On peut s'interroger sur le nombre des victimes de ce génocide sans nier qu'il ait eu lieu. Et puis-je vous rappeler, à ce propos, qu'il a été commis par des Européens, les nazis, et que ce massacre avait été préparé par toutes les persécutions européennes des siècles précédents, à commencer par celles qu'avait organisées l'Espagne ? Quoi qu'il en soit, le Coran dit : «Quand quelqu'un prend la vie d'un innocent, il tue l'humanité tout entière.» Il n'y a jamais eu de génocide des juifs en terres musulmanes. C'est au contraire dans l'Empire ottoman, auquel ils ont apporté tous leurs talents, que les juifs d'Espagne avaient pu trouve refuge.
Votre influence est grande en Irak. Qu'y proposez-vous ?
Nous n'avons pas seulement de l'influence en Irak. Nous avons aussi 1 200 kilomètres de frontière avec ce pays ami dont nous avons tant de fois accueilli les réfugiés, qui sont maintenant aux commandes à Bagdad. Nous estimons qu'il faut y soutenir le gouvernement car il est issu des urnes, aider à la reconstruction et mettre un terme à l'occupation.
Les régimes sunnites le souhaitent aussi, car vous les inquiétez.
Leur inquiétude n'est pas fondée. Ce n'est pas nous qui avons élu une majorité chiite en Irak mais les Irakiens, qui sont à 60 % chiites. Il y a une majorité qui doit, comme partout, s'entendre avec les minorités. C'est pour cela que nous proposons l'organisation d'une conférence de stabilisation régionale, notamment consacrée au terrorisme. Nous devons tous faire face au développement qu'il connaît depuis les invasions de l'Irak et de l'Afghanistan, et depuis les attentats du 11 septembre ¬ la plus grande catastrophe de l'histoire contemporaine, car ses victimes étaient des innocents.
Source: Libération