Tunisie (IQNA)- " L’histoire du Prophète à la Mecque" est enfin paru

13:38 - February 27, 2007
Code de l'info: 1528809
le livre de "l’histoire du Prophète" écrit par "Hichem Djaït", historien et islamologue tunisien, est enfin paru. Voici un interview avec cet auteur effectués chez "Réalités".
Hichem Djaït , né le 6 décembre 1935 à Tunis, est un historien et islamologue tunisien.
Après des études secondaires au collège Sadiki, il obtient son agrégation en histoire en 1962 à Paris. Spécialiste de l'histoire islamique du Moyen Âge, il écrit par la suite de nombreux ouvrages publiés en Tunisie et en France.
Membre de plusieurs commissions internationales, il mène une réflexion sur l'entrée du monde arabo-musulman dans la modernité.
Docteur ès lettres et sciences humaines en 1981 (à Paris), il est professeur émérite à l'Université de Tunis et professeur visiteur à l'Université McGill (Montréal), à Berkeley (Californie), au Collège de France, etc.
voici son interview:
-Pourquoi plus de sept ans entre le premier volet de “La Sira” et le second ?
-Dans le premier volume il y avait un mélange entre histoire et méditation philosophique. Qu’est-ce que la Révélation ? Qu’est-ce que le Coran ? Qu’est-ce que la prophétie ? C’étaient les questions fondamentales de ce premier volume en plus de certains aspects historiques. Dans ce second livre, beaucoup plus volumineux que le premier, c’est la réflexion purement historique qui est dominante. Ce qui m’a pris beaucoup de temps, non pas dans la rédaction, mais dans la lecture et la réflexion.
-Qu’entendez-vous par historicité de la prédication muhammadienne ?
-Quand je dis historicité de la prédication prophétique à la Mecque, j’entends par cela l’action, dans l’histoire des hommes, de Muhammad. J’ai étudié cette action dans son environnement. Je me suis beaucoup intéressé à l’étude anthropologique de ce milieu. Pour comprendre l’action prophétique, il faut la replacer dans son contexte culturel dans le sens anthropologique du terme : les différents types de mariage, les croyances etc. Le Prophète a vécu dans ce milieu. Il y a introduit des changement que l’on ne pourra apprécier qu’en connaissant ce qui lui a pré-existé. C’est cela l’anthropologie historique.
Après le contexte général de l’Arabie, je me suis intéressé plus particulièrement aux relations sociales dans la Mecque. Ensuite le processus de l’action prophétique : l’appartenance sociale des premiers croyants et aussi celle des «kafirun» (ceux qui n’ont pas cru à la prophètie de Muhammad). Je me suis basé essentiellement sur le Coran. J’ai aussi effectué une analyse critique des premières sources historiographiques musulmanes réservées à la Sira (biographie du Prophète). Il y a beaucoup d’éléments que la critique historique ne peut pas accepter dans les narrations d’Ibn Ishak, d’Ibn Saad, de Baladhuri et d’autres. J’ai usé d’une certaine logique historique pour rejeter un nombre important de narrations. J’ai démontré le pourquoi de cette récusation. La chronologie du Coran est aussi fondamentale pour toute recherche sur la Sira.
Dès la fin du 19ème siècle, les orientalistes se sont beaucoup intéressé à la chronologie du Coran. Ils ont fait cela en référence à la critique historique de l’Ancien Testament. L’objet est d’identifier les Sourates coraniques selon l’ordre chronologique de la Révélation. Ils ont établi trois périodes pour le Coran mecquois.
A l’intérieur des Sourates de l’époque médinoise, il y a aussi des versets mecquois. C’est l’orientaliste allemand Theodor Noldeke (1836-1930) qui le premier a établi cette chronologie dans son livre « L’histoire du Coran » récemment traduit en arabe. Le français Régis Blachère a repris le travail de Noldeke en y apportant quelques modifications.
La chronologie du Coran nous apporte beaucoup d’informations sur les thèmes fondamentaux exposés par le Coran.
-Nous savons que le Coran est descendu par fragments. Est-ce qu’on peut déterminer et dater les fragments d’une manière précise ?
-Pas dans tous les cas, mais le plus souvent cela est possible. On sait que la Sourate « L’étoile » par exemple est composée de trois fragments. Il est clair que le verset 23 est postérieur au premier fragment, du premier verset au vingt-deuxième. C’est le verset 23 «Elles ne sont que les noms…» qui a déclenché le conflit avec les Quraïshites.
-Quelles sont les idées nouvelles que vous avez développées dans ce livre ?
-Parmi les idées nouvelles que j’avance, c’est que la Hijra (émigration) vers Médine n’a pas été volontaire, mais qu’elle a été plutôt une expulsion. Le Coran médinois parle souvent d’exil et d’exode (voir la Sourate “l’examinante”
-Des sources anciennes nous parlent d’une préparation de l’émigration par des délégations secrètes qui ont prêté allégeance au Prophète à deux reprises “la première et la deuxième Akaba”. Tout cela est faux ?
-Selon moi il n’y a eu qu’une seule Akaba : la seconde. Après la mort de son oncle et protecteur Abou Talib, le Prophète a demandé asile et cela parce qu’on l’a obligé à quitter la Mecque. S’il s’est rendu réellement à Taïf, comme l’affirment les sources anciennes, c’est qu’il a été expulsé de sa cité.
-Pourquoi l’avoir directement écrit en arabe ?
-J’estime que le public arabe est plus intéressé par ce genre de thématique. En français, il aurait eu beaucoup moins d’impact. Mais avec le public arabe il y a d’autres types de problèmes. Vous trouverez toujours des gens qui vous demandent : “pourquoi avez-vous dit cela, pourquoi avez-vous utilisé ce terme ?

Source : Réalités

captcha