sa porte, d'habitude ouverte aux journalistes, reste close. Il ne réponde plus au telephone. Alain Morvan, recteur de l'académie de Lyon, se tait : un silence imposé pard plus au téléphone sa hiérarchie au lendemain de ses déclarations sur les ondes de RCF et d'Europe 1, le 19 février. Interrogé sur son opposition à l'ouverture du collège-lycée musulman de Décines (Rhône), il avait fait état de pressions que le ministère de l'intérieur aurait exercées sur lui pour qu'il assouplisse son attitude. Par courrier, le ministère de l'éducation nationale lui a demandé de ne plus s'exprimer sur ce dossier.
Le recteur s'est incliné et refuse de commenter la décision du Conseil supérieur de l'éducation (CSE), qui, lui infligeant un désaveu, a autorisé l'établissement Al-Kindi à ouvrir ses portes le 5 mars (Le Monde du 2 mars 2007).
Derrière un style vieille France, M. Morvan, 62 ans, cache un personnage peu commun. Depuis son arrivée à Lyon en juillet 2002, cet universitaire, spécialiste de la littérature anglaise, s'est affranchi de toute langue de bois pour mieux défendre sa "conception de la République". Ancien directeur de cabinet, en 1995, du secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur Jean de Boishue, puis du ministre de l'éducation nationale, François Bayrou, il est un fidèle de Jacques Chirac, au point que certains le pensent intouchable.
Sur le projet d'établissement musulman, le recteur a fait de nombreuses déclarations, dénonçant par exemple, après avoir invoqué des obstacles strictement techniques, un "complot contre la République". La FSU n'a aperçu dans l'association Al-Kindi "aucun élément" de nature à conforter des soupçons d'extrémisme.
En 2003, en plein débat sur le port des signes religieux à l'école, et après avoir exprimé ses réserves sur la perspective d'une loi à ce sujet, le recteur avait pris la défense d'une lycéenne menacée d'exclusion parce qu'elle refusait de se défaire de son bandana. Assurant "respecter l'islam", il ne manque jamais de rappeler cet épisode.
L'affaire Bruno Gollnisch, en 2005, vaut à M. Morvan une certaine estime de la part de la gauche. Alors que la présidence de l'université Lyon-III hésitait à sanctionner son professeur, par ailleurs numéro deux du Front national, après ses déclarations sur la Shoah, le recteur l'avait acculée à le suspendre et le traduire devant la section disciplinaire. Il était même venu témoigner devant la 17e chambre correctionnelle de Paris en faveur de l'association estudiantine Hippocampe, poursuivie pour avoir estimé qu'un ancien président de l'université avait laissé se propager le négationnisme.
Dans un de ses discours de la rentrée 2006, M. Morvan rêvait d'un monde où le langage serait "vecteur de rectitude conceptuelle et morale". Le voici astreint à la rectitude silencieuse.
Source: Le monde